En cette veille de Pessah si particulier pour moi, je voulais dire à ma petite communauté un petit mot…
L’année dernière, je disais « l’an prochain à Jérusalem » pour mon dernier Seder passé en France. Après demain, j’aurai le privilège d’accomplir avec ma famille le souhait exprimé par tous mes ancêtres à Pessah depuis 2000 ans, je vais passer mon premier Pessah en tant qu’Israélien vivant en Israël.
Je ressens fort ce privilège que j’ai de réaliser ce rêve millénaire.
Je ressens fort cette nouvelle identité pleine et entière que je peux vivre enfin en Israël.
Je vois avec encore plus de clairvoyance le jeu d’équilibriste impossible que je jouais en France il y a encore quelques mois.
Ces dernières heures, l’actualité nous a hélas tous éclaté à la figure. Mireille Knoll ע »ה, notre maman ou grand-mère à tous, a été assassinée de la façon la plus abjecte possible.
Nos larmes encore chaudes, notre douleur encore au ventre, nous étions priés tout de suite de trouver une posture politique. Nos pauvres dirigeants communautaires ont organisé une manifestation, ou plutôt une « marche blanche » car il faut bien évidemment trouver la bonne formule, politiquement correcte…
Les dirigeants communautaires ont dû tout de suite se positionner. Mélenchon peut-il venir ou non ? Marine Le Pen peut-elle venir ou non ? Bien sûr, si on dit qu’ils n’ont pas le droit de venir, les juifs deviennent communautaristes car ils accaparent la rue qui appartient pourtant à tous, et sont alors de mauvais français… Bien sûr, si on dit qu’ils peuvent venir, les juifs renient leurs idéaux en pactisant avec un ennemi d’Israël déclaré ou en cautionnant une représentante d’un parti issu des courants d’idées qui ont failli emporter Mireille Knoll à la Rafle du Vel d’Hiv.
Ce genre de questionnement insoluble, ce genre d’exercice d’équilibriste perdu d’avance, dans un moment même où nous pleurons cette femme qui pourrait être notre maman ou grand-mère, cela, je n’en pouvais plus, je n’en voulais plus…
Aujourd’hui je vis une identité beaucoup plus simple, beaucoup plus vraie.
Aujourd’hui, je commence à vivre la joie et les difficultés de la vie à l’air libre… Je commence à vivre sans être dépendant de savoir ce que va penser ma Maman la France, si je n’ai pas envie que Mélenchon vienne à ma marche blanche par exemple… Oui, la vie à l’air libre est également difficile… Je ne pense par exemple pas comme mon voisin Israélien du dessous qui est foncièrement contre toute forme de religion en Israël, oui je ne pense pas comme mon voisin Israélien du dessus qui pense qu’un juif religieux ne doit absolument pas faire l’armée… Oui je ne pense pas comme tout le monde en Israël, mais je pense par moi-même et je peux enfin être moi-même sans être dépendant du regard de ma Maman la France !
La sortie d’Egypte est comparée par les maîtres d’Israël à une Naissance, à une délivrance. Les comparaisons de nos maîtres ne sont jamais laissées au hasard et véhiculent toujours des idées profondes et infinies. En sortant de France, je suis moi aussi sorti du ventre de ma maman France, je suis enfin sortie de ma dépendance absolue, je suis enfin sorti de mon statut de foetus. En disant cela, j’accorde en même temps beaucoup de respect à ma maman France qui m’a fait grandir et qui a fait ce que je suis aujourd’hui. Mais, au bout d’un certain temps, si l’enfant ne sort pas du ventre, les choses risquent de mal se passer…
Alors, oui ! Je vous invite tous à prendre conscience qu’un juif en 2018 peut connaître une identité pleine et entière et enfin ressentir ce que veut dire l’expression « être libre ». Chaque juif en 2018 peut évidemment vivre à l’air libre et en finir avec ce statut de foetus ! Osons faire comme nos ancêtres à l’époque de Moshé ! Osons sortir d’Egypte !
A l’année prochaine à Jérusalem.
