Essai sur les origines des fausses identités
« Français de confession juive », « juif de nationalité française » … Notre sujet renvoie à la question de l’identité. Qui suis-je ? Quelle est ma singularité ? Quel est le projet collectif que je porte ? A quel groupe j’appartiens ?
« Français de confession juive », « juif de nationalité française », la question de l’identité juive se repose pour les Juifs de France, en filigrane du débat politique en France, à quelques mois de la prochaine élection présidentielle. Car, en France, la question de l’identité, de la civilisation européenne et occidentale est posée. Car, celui qui met ces questions au-devant du débat politique se présente lui-même comme « français de confession juive ».
Nous avons grandi en France sous le signe de « l’intégration » plutôt que celui de « l’assimilation
Nous avons grandi en France sous le signe de « l’intégration » plutôt que celui de « l’assimilation ». Nous pensions que nous pouvions être « des juifs de France », c’est-à-dire avant tout juif, mais habitant en France, en respectant et aimant la France. Les juifs, dans le monde entier, ont été pendant plusieurs millénaires d’exils, considérés comme des étrangers. Ils ont souvent été opprimés, persécutés, mais également tolérés, voire appréciés. A chaque fois, les juifs ont eu le défi de perpétuer leur tradition, leur héritage, dans les circonstances les plus sombres mais également parfois dans des circonstances plus apaisées. Nous avions l’impression qu’avec « l’Intégration » nous pouvions être des Juifs à part entière dans un beau pays que nous aimions et dont nous chérissions la langue.
C’est la France qui a inventé l’Emancipation des Juifs. C’est en France que les Juifs sont devenus des citoyens d’une autre Nation que la leur. « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus », disait Stanislas de Clermont-Tonnerre en décembre 1791. Dans cette citation, tout est dit. Les juifs vont pouvoir être des citoyens français à part entière en gardant leur religion juive mais en abandonnant leur appartenance au peuple juif.
On aurait pu croire que cela signifierait la fin de l’oppression pour les juifs. L’histoire a montré que les oppressions à l’égard des juifs allaient perdurer et prendre même des proportions encore plus fortes.
La France, la première, a voulu séparer le Juif en deux. On accordait aux Juifs le droit d’avoir une confession, d’avoir une religion. Mais on enlevait aux Juifs leur identité, leur appartenance au peuple Juif.
L’essentiel de l’idée ici est ailleurs. La France, la première, a voulu séparer le Juif en deux. On accordait aux Juifs le droit d’avoir une confession, d’avoir une religion. Mais on enlevait aux Juifs leur identité, leur appartenance au peuple Juif. Avec les Juifs, on a commencé à fonder les bases de la Laïcité à la Française : la séparation de l’Eglise et de l’Etat en commençant par la séparation entre le Culte Juif et l’Identité Juive.
Nous avons grandi et connu la France d’après 1968. Nous avons grandi dans une ambiance qui permettait « l’intégration » plutôt que « l’assimilation ». Nous comprenions que nous pouvions en France avoir notre pleine identité juive, que nous pouvions revendiquer notre appartenance au peuple juif, tout en étant français. La France « black, blanc, beure » et pourquoi pas « juive », avait assoupli sa vision sur la séparation de l’individu en deux. La fameuse phrase « nos ancêtres les gaulois » continuait à être enseignée à l’Ecole, mais on s’en moquait un peu, et on ne prenait pas trop cela au sérieux…
Mais aujourd’hui, le concept « d’assimilation » reprend le dessus, car on s’aperçoit que « l’intégration » ne serait pas assez exigeante. Aujourd’hui, deux tiers des Français estiment que l’Identité Nationale Française est en danger.
Car en tant que « très bon français », il perpétue l’idée qu’il faut séparer l’individu en deux, le spirituel d’un côté et le politico-juridique de l’autre. Car en tant que « très bon Juif », il sait que le sentiment d’appartenance nationale est fondamental pour la survie d’un peuple, et qu’il a choisi de quitter son peuple d’origine pour son peuple adoptif, le peuple français.
Ce renouveau du concept « d’assimilation » est d’autant plus troublant que c’est un Juif qui porte ce discours au premier plan. Il se fait l’écho de Clermont Tonnerre. Car en tant que « très bon français », il perpétue l’idée qu’il faut séparer l’individu en deux, le spirituel d’un côté et le politico-juridique de l’autre. Car en tant que « très bon Juif », il sait que le sentiment d’appartenance nationale est fondamental pour la survie d’un peuple, et qu’il a choisi de quitter son peuple d’origine pour son peuple adoptif, le peuple français.
Ici, dans notre journal Communautaire de Shuva, depuis Raanana, depuis la Terre d’Israël que nous avons rejoint, depuis l’endroit où l’on s’attache à recoller nos deux morceaux séparés depuis la Révolution Française, nous souhaitons essayer de ramener ces questions à un niveau plus profond, en s’aidant des enseignements de la Torah et de nos maîtres.
La Torah n’est pas qu’un livre de Commandements, de Lois religieuses et cultuelles. La Torah nous décrit les principes fondamentaux de l’histoire des hommes. C’est d’ailleurs comme cela que s’ouvre le cinquième chapitre du livre de Berechit : זה ספר תולדות אדם
La Torah nous parle de l’histoire de l’Homme et plus précisément de l’histoire des engendrements de l’homme. La Torah met en évidence la postérité détaillée d’Adam. De très nombreux noms sont soigneusement mentionnés par la Torah jusqu’à un grand échec, qui sera le premier échec à l’échelle de l’humanité, le déluge. A la sortie de l’Arche qui a sauvegardé un échantillon de la vie sur terre, on recommence alors à zéro. La Torah décrit précisément et soigneusement toute la descendance de Noah. Tous les noms sont mentionnés, les descendants de Chem, Yaphet et Ham. Il y a 70 noms qui vont être les racines des 70 peuples, des 70 Nations.
Chaque peuple a son endroit, sa langue, sa culture. Chaque peuple est à sa place. Chaque enfant sait d’où il vient et appartient à un peuple qui porte le nom de son ancêtre fondateur. Tel est le monde qui s’édifie et se construit dans l’harmonie à la suite du déluge.
Chaque peuple a son endroit, sa langue, sa culture. Chaque peuple est à sa place. Chaque enfant sait d’où il vient et appartient à un peuple qui porte le nom de son ancêtre fondateur. Tel est le monde qui s’édifie et se construit dans l’harmonie à la suite du déluge. Tous les hommes se réclament d’Adam et sont des humains. Mais en même temps, chaque Homme appartient à un peuple et connaît son père fondateur, auquel il s’identifie. Le monde est fait d’une diversité de peuples bien spécifiques, et cette diversité est une condition essentielle pour que les hommes puissent tous se respecter en tant qu’humain.
Or, ce beau projet va s’écrouler par la faute des hommes et du premier démagogue de l’histoire, Nimrod. Il voulait que le monde soit un grand mélange d’humains, une uniformité d’humains sans identités Nationales. Du projet Initial qui visait à constituer un monde avec 70 Identités Nationales différentes, avec 70 peuples aux missions et aux rôles complémentaires, a succédé le Bilboul, le grand mélange, et la fin des 70 Nations authentiques. Après l’épisode de la Tour de Babel, les peuples n’ont pas pu se reconstituer tels qu’ils étaient avant. Tous les peuples ne vont plus connaître leur bonne place, leur bon endroit, leur bonne mission. Tous les peuples vont commencer à avoir des problèmes d’identité, ne sachant plus qui est le père fondateur de leur peuple.
En cherchant l’uniformisation des peuples, en cherchant à assimiler toutes les différences dans une uniformité, on obtient l’extrême inverse : des identités nationales malades, une incapacité à trouver le bon équilibre entre l’Individu et l’Identité collective.
Après l’épisode de la Tour de Babel, la généalogie continue. Qui va pouvoir réparer ce nouveau grand désordre de l’Histoire ?
Arrive enfin Avraham, dix générations après Noah, qui le premier, va comprendre que la Spiritualité ne doit pas rester déconnectée de la notion de Nation et de Peuple.
Avraham, et le peuple juif à partir de lui, constitue l’espoir de construire le 71ème peuple, qui lui seul saura d’où il vient et vers où il doit aller. Le seul peuple qui ne veut pas que les autres peuples se mélangent à lui et le peuple qui malgré son histoire, faite d’errance au milieu des nations, ne veut pas se mélanger aux autres peuples. Le seul peuple sur Terre qui connait encore aujourd’hui ses pères et mères fondateurs.
C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre les toutes premières bénédictions qu’accorde Hachem à Avraham. Hachem ne dit pas à Avraham qu’il va fonder une nouvelle religion. Hachem ne dit pas à Avraham qu’il va fonder un nouveau culte. Hachem dit : « Je ferai de toi un Grand Peuple ». Hachem dit « Tu seras une bénédiction », c’est-à-dire que le peuple Juif sera à la source de la Bénédiction du Monde et « que seront bénis par [Avraham] toutes les familles de la Terre ».
Les commentateurs posent la question bien connue : pourquoi le texte ne dit pas simplement que les hommes seront bénis par Avraham ? Pourquoi le texte a-t-il besoin de préciser que ce sont les « familles de la Terre » qui seront bénies par Avraham ?
La réponse véritable à cette question réside avant dans tout notre réflexion sur l’Identité des peuples. Avraham devient le porteur du projet de restituer sa place aux « peuples familles » qui avaient été fondés par la descendance de Noah et qui ont échoué dans leur projet avec l’épisode de la Tour de Babel.
C’est un juif qui nous remet face à notre réalité. Si l’on veut recoller les morceaux brisés de notre identité, il n’y a pas le choix, il faut d’abord quitter la France, quitter l’endroit où l’on est né, quitter la maison de notre père, et aller vers la terre qu’Hachem nous a montrée.
Aujourd’hui, c’est un Juif qui ne veut plus appartenir à son peuple qui donne une leçon sur l’importance de l’Identité Nationale à la France. C’est un juif qui veut être à l’origine d’une nouvelle grande intolérance à l’égard des juifs en France, en éliminant la possibilité à nos épouses et mères de se couvrir la tête dans l’espace public, en nous interdisant de porter une Kippah et des Tsitsit dans la rue, en éliminant tout élément qui marque notre appartenance à notre peuple… C’est un juif qui nous remet face à notre réalité. Si l’on veut recoller les morceaux brisés de notre identité, il n’y a pas le choix, il faut d’abord quitter la France, quitter l’endroit où l’on est né, quitter la maison de notre père, et aller vers la terre qu’Hachem nous a montrée.
« Français de confession juive », « juif de nationalité française » … Surtout pas ça ! Soyons les continuateurs de ce qu’a fondé Avraham, soyons comme Avraham, soyons avant tout des Hébreux.