Les obstacles semblent de plus en plus infranchissables… La mer paraît se déchainer. Mais comment peut-on faire pour traverser Yam Souf (la mer des Joncs) en 2022 afin d’atteindre le rivage d’Israël ? Comment peut-on franchir ces nouveaux murs qui ne cessent de monter ? Le Shekel devient la monnaie la plus forte du monde. Les prix de l’immobilier en Israël battent des records mondiaux. Si on n’a pas la Teoudat Zehout, la carte d’identité israélienne, bien qu’étant juif, il est désormais impossible d’arriver jusqu’au Kotel pour faire une prière… Mais que se passe-t-il pour que cela soit désormais si dur d’atteindre notre terre d’Israël ?
Tout d’abord, le Shekel s’installe à un niveau extrêmement élevé. 1 euro permet d’acheter 3,50 Shekels. Certains économistes nous avertissent que la tendance ne sera pas au retour en arrière. L’euro pourrait encore baisser autour de 3,30 Shekels, voire 3 Shekels.
Pour la population de Olim venant de France, c’est un séisme qui met en péril des équilibres économiques. De très nombreux Olim sont directement impactés. Les retraités qui dépendent de leur retraite en euro, les nombreux actifs dont les revenus dépendent encore d’une activité réalisée en France (ceux qui voyagent régulièrement, ceux qui sont dans les sociétés de services directement liées à l’étranger), les Olim qui ont une carrière professionnelle qui a démarré en France et qui se termine en Israël, avec une partie de leur retraite future qui dépend encore de l’Euro. Bref, l’impact est généralisé.
Il y a vingt ans, les touristes français qui venaient en Israël se sentaient riches. Un repas au restaurant coûtait environ deux fois moins cher qu’à Paris. Un investissement dans l’immobilier restait abordable en comparaison d’un investissement similaire en France. Dans les années 80, Israël manquait encore fortement de biens de consommation courants qui envahissaient l’Europe. Aujourd’hui, le simple consommateur qui prend un peu de recul s’aperçoit que le rapport s’est inversé ces dernières années.
Il y a quarante ans, un Ole de France avait-il envie de venir s’installer dans un pays plus pauvre, au risque de manquer de biens de consommations, de perdre des chances de réussite économique ? Aujourd’hui, un Ole de France a-t-il la possibilité de venir s’installer dans un pays qui est plus riche que le sien ?
Une analyse sur les vingts dernières années du critère du PIB par habitant montre qu’Israël a dépassé la France en 2015 -2016. En 2021, la production de richesse par habitant[1] sera en Israël de 47 304 US$ alors qu’en France elle sera de 41 567 US$. L’écart a eu tendance à se creuser année après année, et les prévisions pour 2022 vont encore continuer à creuser l’écart.

Israël montre qu’elle parvient mieux que les principaux pays du monde à affronter la crise du Covid-19 en continuant sa croissance qui semble inexorable.
Nous allons opposer à juste titre qu’Israël est un pays beaucoup moins social que la France et que la richesse est mal redistribuée. C’est un problème très important en Israël et il ne faut pas du tout le négliger.
Mais même sur le terrain du Social, où Israël a d’énormes progrès à faire, on s’aperçoit que le salaire minimum net de charges sociales s’élève à fin 2021 en Israël à 4 664 Shekels alors que l’équivalent en Shekels[3] du SMIC net mensuel en France est de 4 403 Shekels.
Sur le terrain économique, il faudrait être aveugle pour ne pas voir les progrès d’Israël face au monde occidental en général. Israël est en passe de dépasser les principaux pays occidentaux, petit à petit, sur tous les critères qui déterminent la richesse d’une Nation.
L’augmentation des prix de l’immobilier, avec une augmentation moyenne en Israël de 10% en un an du prix à l’achat, qui s’accompagne également d’une hausse vertigineuse des prix à la location, montre d’une certaine manière l’attrait et le dynamisme de l’économie, même si de très nombreux israéliens souffrent de la difficulté à se loger, notamment les jeunes couples, qui deviennent de moins en moins jeunes.
L’immobilier devient également chaque année plus encore une barrière à l’entrée en Israël, une barrière à la Alya pour de plus en plus de juifs de France. Il y a encore des juifs de France qui ont les moyens financiers d’investir dans l’immobilier en Israël, certes, nous confiait un agent immobilier, Guy Dahan, qui travaille principalement à Tel Aviv, Herzlia et Raanana. Mais force est de constater que la très grande majorité des juifs de France, candidat à un investissement en Israël pour préparer leur retraite, ou pour une Alya immédiate, ne peuvent plus l’envisager, alors qu’ils le pouvaient il y a encore quelques petites années. Selon un autre agent immobilier, Benjamin Dadi, le prix d’un 3 pièces correct en location à Tel Aviv coûte dans les 8 000 – 9 000 shekels par mois hors charges, ce qui fait en euros environ 2 500 € par mois. Il précise que le prix minimum au m2 à l’achat à Tel Aviv pour un bien correct est de 58 000 NIS, soit environ 16 500 €.
Enfin, les murs semblent désormais infranchissables au regard de la difficulté, voire de l’impossibilité, de voyager entre Israël et les autres pays du monde, à cause du Covid-19 et surtout à cause des restrictions associées. Depuis deux ans maintenant, il est impossible pour un enfant de moins de douze ans de visiter ses grands-parents en Israël. Le territoire d’Israël, le Kotel occidental est interdit pour tous ces juifs qui n’ont pas un parent au premier degré. Le ciel qui s’est ouvert quelques semaines pour ceux qui montraient pattes blanches avec la preuve d’être bien à jour du vaccin s’est aussitôt refermé avec l’arrivée d’Omicron.
Notre époque nous fait penser aux temps désormais ancien, où le Baal Shem Tov et le Gaon de Vilna, pourtant des piliers de courants du Judaïsme très opposés, voulaient tous deux rejoindre Israël. Au XVIIIème siècle, les nombreuses guerres de l’Empire Ottoman et différents obstacles les ont empêchés d’arriver au bout de leurs voyages, et ils n’ont pas pu atteindre Israël et Jérusalem. Notre époque nous fait penser à ces très nombreuses périodes de l’histoire où nos ancêtres ne pouvaient même pas imaginer avoir la possibilité d’accomplir leur rêve de revenir à Tsion.
Certes, la Alya est encore possible, et bien heureusement. Mais tout ce qui encourage la Alya, comme les voyages scolaires ou les voyages de jeunes est fortement limité. Un exemple banal et anodin d’un étudiant en médecine en France qui avait la possibilité de faire un stage dans une Université et un hôpital en Israël n’a pas pu venir. A cause du Coronavirus, il y a peut-être eu une perte de chance d’Alya supplémentaire à court ou moyen terme…
Alors, malgré cette mer déchaînée qui se dresse devant nous, le juif authentique doit se souvenir des Bnei Israël acculés entre la Mer et l’Armée de Pharaon. Il n’y avait pas d’issue possible. C’était alors la mort assurée.
A l’époque de la traversée de la Mer Rouge, il y avait selon le Midrach, quatre groupes de juifs qui correspondaient aux quatre tempéraments naturels de l’Homme. Il y avait ceux qui voulaient se battre sans arme et sans Croyance en Hachem contre Pharaon. Il y avait ceux qui voulaient prier et attendaient la prise en charge de D. Il y avait ceux qui étaient lâches et qui voulaient se rendre. Il y avait ceux qui voulaient se suicider et tout abandonner.
Il y avait surtout cet homme de la cinquième voie, le prince de la Tribu royale de Yehoudah, Nahchon Ben Aminadav, qui a choisi d’avancer vers l’épreuve, d’avancer vers la mer, dans la direction d’Israël. Le Midrach dit que la mer s’est ouverte au moment même où il ne lui était plus possible d’avancer. Quand les choses paraissent si difficiles et même désespérées, il ne faut pas avoir peur de prendre sa responsabilité, de faire la part du travail dans la bonne direction, et alors au moment où tout est fait de notre côté pour que les choses se réalisent, le maître du monde intervient et permet l’accomplissement de notre volonté sincère et authentique.
Aujourd’hui encore en 2022, nous avons tous des murs à franchir pour mériter notre place en Israël. Ceux qui sont déjà là et qui voient les difficultés, ceux qui veulent venir et qui ne voient plus comment faire. L’histoire du peuple juif est longue d’enseignements. Il faut puiser les forces dans toute notre histoire pour trouver les forces nécessaires et pour franchir les obstacles.
Car Israël va continuer son ascension dans la Puissance. Israël n’a pas vocation à être un pays pauvre ou même un pays moyen dans le monde. Israël a vocation à devenir un pays Puissant. Il lui faut encore plus d’habitants juifs, il lui faut encore plus de légitimité pour assurer sa possession territoriale en Judée Samarie. Il lui faut plus de puissance pour pouvoir se battre contre ses ennemis. Les dix plaies, ainsi que la onzième, la traversée de la mer, sont autant de démonstrations de la Puissance du Maître du monde, et finalement de la Puissance du peuple Juif qui a la Emouna. Israël a vocation à démontrer cette Puissance au monde, non pas pour le dominer, mais pour jouer son véritable rôle, de lumière des nations. Nous pourrons être une lumière que grâce à la Puissance. L’exemplarité morale et spirituelle d’Israël qui est notre but profond, ne vaudra hélas pas grand-chose si elle n’est pas accompagnée par la Puissance.
Le Shekel fort, les prix de l’immobilier, la croissance économique d’Israël. C’est un peu comme la traversée de la mer : à la fois un obstacle et une démonstration de force.
[1] Selon les prévisions du Ministère des Finances Israéliens du 15 novembre 2021 (croissance de 7,1% du PIB/habitant pour Israël) et de la Commission Européenne (croissance de 6,5% du PIB/habitant pour la France)
[2] Banque Mondiale (historique jusqu’à 2020) – Prévisions 2021 et 2022 par le Ministère des Finances Israélien et par la Commission Européenne
[3] Taux de change 1 euro = 3,5 shekels