Antisémitisme, antisionisme, la mise à l’écart d’Israël par les Nations, les votes de l’ONU qui nient le caractère juif du Mont du Temple, et tant d’autres choses… A côté de ce fracas anti-Israël tellement bien connu de tous, on observe des phénomènes plus subtils. On voit devant nos yeux ébahis un élan vers la Torah et vers le peuple Juif. Des centaines de milliers, voire de millions d’hommes et de femmes dans le monde, des gens sincères en quête de vérité et d’authenticité, s’accrochent de plus en plus à Israël et à la Torah enseignée par les Maîtres d’Israël.
Eliminons tout de suite le sujet des conversions qui est un sujet bien distinct. La Torah nous révèle en effet qu’il y a soixante-dix Nations et qu’Israël est le soixante et onzième peuple. La paix dans le monde ne passera pas sans le respect des différences entre les Nations et les cultures. Hachem veut d’un monde avec soixante-dix Nations bien définies, à leurs bonnes places. Hachem ne veut pas l’uniformisation du monde, mais veut un monde d’Unité qui ne peut se réaliser que parce qu’il y a des différences.
C’est pourquoi le rapprochement entre les Nations et Israël ne passe surtout pas par le mélange, les conversions et le prosélytisme. Les Chrétiens et les Musulmans ont voulu et veulent encore convertir le monde entier à leur vision uniforme du monde. Ces deux religions ont déjà démontré, pour tous les observateurs honnêtes, en quoi le prosélytisme et la recherche de l’uniformisation constituent une voie mensongère et criminelle pour l’humanité.
Quel est la voix juive de l’Universel ? La voie qui n’a pas encore vraiment été explorée. La voie qui respecte chaque individu dans sa culture et sa spécificité, mais qui permet à chaque homme de se rattacher en même temps au Maître du Monde qui est Un.
Eh bien peut-être que cette voie commence à être empruntée à notre époque dans la réalité des choses.
Ytro et Moshé : le micro avant le macro
La Parachah du don de la Torah aurait dû s’appeler Moshé, notre leader extraordinaire. Elle porte le nom d’Ytro, un Goy, grand prêtre idolâtre[1].
Mais que veut nous dire le Maître du Monde par cette provocation ? Quel est le sens de la Punchline ô combien réussie du début de la Parachah ? « Sans Ytro, point de Don de la Torah »
Ytro reçoit tous les honneurs de Moshé et du peuple d’Israël. Ytro se hisse à un niveau très élevé de la connaissance d’Hachem[2], le nom imprononçable formé des 4 lettres, tout comme Moshé et les Bnei Israël l’ont connu au moment de la sortie d’Egypte. Ytro a selon notre tradition rejoint le peuple juif et s’est converti, mais une partie de ses descendants est restée en dehors d’Israël et est restée Nation.
Le Zohar explique que le Don de la Torah n’aurait pas pu se faire sans l’arrivée d’Ytro. La Torah a été donnée à Israël mais il fallait que l’ajout des Nations se fasse pour permettre la descente sur terre de ce merveilleux cadeau. Au moment crucial pour l’humanité du Don de la Torah, il fallait que le couple Israël – Nations se forme pour la première fois, à un niveau micro entre deux individus Moshé et Ytro.
Le Ari Hakadosh va même encore plus loin en révélant que Ytro est le Guilgoul[3] de Caïn et que Moshé est le Guilgoul de Havel. Pour que la Torah puisse descendre sur terre, Il fallait cette réconciliation totale entre les deux premiers frères de l’Humanité. Par l’intermédiaire de Ytro, Caïn a fait Techouvah du meurtre de Havel. En donnant Tsipora à Moshé, Ytro rend la sœur de Havel que Caïn avait volé.
La Torah est descendue sur terre pour que le peuple d’Israël l’accomplisse et la vive, mais aussi pour le bien de toute l’humanité. Le « AM SEGOULA » est « ce peuple trésor »[4] qui va pouvoir jouer le rôle d’éclairer les Nations[5].
Le mouvement des Bnei Noah, des Bnei Adam vers la Torah
A notre époque, on s’aperçoit que de plus en plus d’hommes et de femmes ont soif de Torah et des enseignements des maîtres d’Israël. Pendant des millénaires, les juifs ont vécu replié sur eux pour préserver leur vie ou leur identité face aux différentes menaces de persécutions ou d’assimilation. Ils n’ont ainsi pas pu remplir un des commandements énoncés par Maïmonide de faire connaître et d’enseigner les sept lois de Noah aux Nations. Pendant des millénaires, les hommes et les femmes des Nations n’avaient pas accès aux enseignements de la Torah reçue au Mont Sinaï.
| 7 Lois de Noah |
|---|
| Obligation d’instituer des tribunaux Interdiction de blasphémer Interdiction de l’idolâtrie Interdiction du meurtre Interdiction des unions immorales Interdiction du vol Interdiction de consommer la chair d’un animal vivant |
Il faut dire que la plupart des juifs ne connaissent rien à cette nouvelle réalité. Les juifs se sentent même désarçonnés quand ils commencent à observer que des non juifs, qui ne veulent pourtant pas se convertir, étudient assidûment la Torah et les commentaires de la tradition juive. Comment ne pas être estomaqué lorsqu’on entend que des non juifs maîtrisent les textes de notre tradition, les commentaires de Rachi, de Maimonide, et du Ari Hakadosh ?
Le Rav Elie Benamozegh, au XIXème siècle, a remis au goût du jour, dans son livre Israël et l’humanité, la position juive déjà établie dans le Talmud[6] selon laquelle les hommes et les femmes des Nations sont soumises aux sept lois de Noah et qu’Israël a un rôle pour transmettre les messages intérieurs de la Torah aux Nations. De nombreuses personnes, hommes des Nations, comme Aimé Pallière en France, ou encore le célèbre Vendyl Jones, archéologue Texan, qui a sans doute inspiré les films Indiana Jones, ont été des précurseurs de ce mouvement des Bnei Noah.
Le Rabbi de Lubavitch lui-même, il y a trente-cinq ans, a donné un nouvel élan à ce mouvement en encourageant explicitement de répandre le message de l’observance des lois Noahides aux Nations en reprenant la décision Halachique du Rambam. Il dit que les temps modernes sont désormais propices à la reprise de cette Mitsvah.
Aujourd’hui, le Rav Cherki, à la tête d’une organisation mondiale de Bnei Noah, est actif sur ce sujet, en associant les Rabbanim les plus officiels en Israël.
Il existe dans le monde entier, et même dans le monde francophone depuis relativement peu de temps, des Beit Din de Bnei Noah. Des hommes et des femmes des Nations passent devant trois Rabbanim et s’engagent de façon solennelle à s’attacher à la Torah et au Maître du Monde. Ils adhèrent alors aux sept lois de Noah. Le Rav Haïm Mellul, Chaliah Habad à Créteil fait partie d’un Beth Din de Bnei Noah, au côté du Rav Raphaël Pinto et du Rav Nissenbaum. Pour lui, « c’est la reprise d’une pratique qui existait à l’époque du Beit Hamikdash, et c’est un signe fort des temps messianiques ». « Les profils de Bnei Noah sont variés, mais ils ont globalement tous un amour de l’étude de la Torah et parfois des connaissances impressionnantes. »
Tsipora Hodaya Antonietti, depuis Jerusalem, est une femme extraordinaire qui a créée depuis 2016 la Fédération Noahide Francophone. Elle aide dans les parcours des hommes et des femmes de plus en plus nombreux en quête de sens. Elle les aide à s’accrocher aux discours des maîtres d’Israël qui leur permettent d’avoir des réponses authentiques à leurs questions. Elle organise des séminaires, des cérémonies devant les Beit Din (dont certains ont eu lieu sur Zoom), et des cours hebdomadaires sur Zoom. Elle est très active sur facebook et y sélectionne des cours de Rabbanim qu’elle transmet aux Bnei Noah. Elle tente de mettre également en place une démarche auprès des Communautés Juives organisées en France pour les sensibiliser à ce sujet. Elle essaie de faire en sorte que ces Communautés soient capables d’accueillir et de bien réagir face à des demandes de non juifs qui souhaitent s’approcher d’Israël et de la Torah.
Nicolas, jeune père de famille, qui se sent très proche de la Torah et ressent très profondément le message authentique des maîtres d’Israël avoue avoir vécu dans « le mensonge de l’Empire Romain Germanique » jusqu’à ce qu’il ait commencé à trouver sur Internet des vidéos de Rabbanim qui enseignaient la Torah d’Israël. Aujourd’hui, il étude les textes de Torah, notamment le Tanya avec sa femme avec qui il partage ce désir d’être proche de la Torah et des Maîtres d’Israël. Les Rabbanim tels que le Rav Dynovisz, le Rav Cherki, le Rav Ron Chaya, le Rav Ytshak Cohen, le Rav Benchetrit, le Rav Benharouche sont souvent cités comme étant des guides spirituels pour ces hommes et ces femmes.
Ces hommes et ces femmes vivent souvent en rupture avec leur famille et se sentent parfois seuls face à leur attachement. Marie Claire et Jean-Luc, couple vivant en Belgique, près de la région de Lille, ont quitté l’Eglise en 2010. Ils s’estiment faire partie des Nations qui adhèrent au message d’Israël. Ils s’organisent avec un groupe d’amis pour se réunir une fois par mois pour des journées de prières et d’études des textes de la Torah. Ils ressentent tellement profondément la vérité de la Torah.
Danièle, une femme avec un vie lourde d’épreuves, raconte son parcours sinueux qui l’a ramené vers Israël et vers la Torah. Lorsqu’elle a voyagé en Israël, elle a ressenti des choses extraordinaires.
Je me souviens de cet homme, Olivier Petit, ancien militaire français, qui venait prier à la synagogue toute la journée de Yom Kippour. Pas un bavardage de toute la journée. Que des prières. Un respect immense pour nos textes et nos chants. Un amour sincère des juifs et de la Torah. Cet homme et son épouse, que je croyais à l’époque être des gens isolés, sont finalement peut-être des millions dans le monde aujourd’hui.
Le monde se remplit, petit à petit, d’hommes et de femmes sincères, en quête de connaissance et de vérité. Ces hommes et ces femmes deviennent les meilleurs ambassadeurs d’Israël et de son message universel dans le Monde.
Au-delà des lois de Noah, ces hommes et ces femmes sont attirés par le message profond de la Torah. Ils souhaitent progresser spirituellement et moralement dans leur vie et souhaitent souvent apporter leur part à la construction d’un monde meilleur.
Il reste encore beaucoup à faire pour renforcer ces mouvements et donner plus de contenu à leurs recherches spirituelles.Il reste encore beaucoup à faire pour reconstruire le couple Israël – Nations et pour qu’Israël joue véritablement son rôle de Mamlekhet Cohanim[7] pour éclairer le Monde entier, en diffusant la Torah mais également en construisant un Etat d’Israël et une société juive exemplaire. Dans un couple, les deux parties doivent faire des efforts pour se renforcer. Les Juifs doivent encore plus qu’au part avant être fidèle à leur identité et au rôle qui doit être le leur. Les Nations trouveront encore plus de branches auxquelles s’accrocher et se laisseront éclairer. Elles rendront alors à Israël au centuple ce que nous leur aurons donné.
[1] Comme le suggère Rachi sur le verset 11 du chapitre 18
[2] Comme le suggère encore Rachi sur le même verset 11 du chapitre 18 en commentant l’expression « Maintenant je connais »
[3] Vision selon laquelle l’histoire des âmes dépasse la vie des corps et que les âmes reviennent sur terre pour accomplir de nouvelles choses et réparer des erreurs commises lors de précédentes venues dans notre monde. Ces enseignements sont révélés par le plus grand Maître de la Kabbale, le Ari Zal (ou Ari Hakadosh) notamment dans le livre Shaar Haguilgoulim. Source pour la relation entre Ytro et Cain au chapitre 32.
[4] Verset 5 du chapitre 19, Rachi explique le mot Segoula par la notion de Trésor du Roi.
[5] Isaïe, chapitre 42, verset 6.
[7] Parachah de Ytro, Chapitre 19, verset 6.