Le complotisme, le conspirationnisme… Les hommes politiques, les intellectuels, les médias dénoncent ces modes de pensée qui croient voir derrière chaque événement la main d’un groupe d’individus qui veut le mal du monde.

Le politiquement correct, la pensée unique, la bien-pensance… Les opposants aux pouvoirs politiques installés, certains intellectuels, dénoncent ces modes de pensée qui font tout pour mettre en dehors du cercle de la raison ceux qui s’opposent à une bonne façon de penser.

La guerre en Ukraine est un événement tragique. La Russie a décidé de rentrer en Ukraine par la force des armes. Les Ukrainiens résistent. Des millions de réfugiés tentent d’échapper aux bombes et aux zones d’affrontements. La guerre laissera derrière elle de nombreux morts et de nombreux blessés. Les médias ne tarissent pas d’images terribles de la guerre. Ils condamnent de façon unilatérale la Russie pour l’agression commise.

Doit-on se contenter de cette présentation des choses ? A-t-on le droit d’essayer d’examiner les causes plus profondes au déclenchement de la guerre ? Les Etats-Unis et les pays Occidentaux avaient-ils mené la politique adéquate pour éviter la guerre ? Faut-il absolument croire au méchant Poutine contre le gentil Biden ? Les Ukrainiens étaient-ils sur le point de posséder la bombe atomique ? Les Américains ne sont-ils pas finalement les agresseurs cachés et n’ont-ils pas sciemment mis les Ukrainiens sur un champs de bataille qui les dépassent ? Aie… Attention, on est en train de franchir la ligne rouge… la ligne rouge du complotisme…

La crise du Covid-19 a envahi nos vies depuis deux ans. S’est imposé à nous une vision politiquement correcte du sujet. Pour être politiquement correct, il faut être favorable au confinement, favorable au cours des enfants par Zoom, favorable à la vaccination qui promettait une efficacité de 96%, favorable au Tav Yarok en Israël et au Pass sanitaire et vaccinal en France, qui devaient être un rempart contre la propagation du virus… Tout celui qui s’opposait à cette vision binaire était tout de suite taxé de complotiste, de conspirationniste…

Pourtant, aujourd’hui, on sait que le vaccin n’est pas efficace à 96%. On sait qu’être vacciné n’empêche pas de transmettre le virus… On sait aussi que les dégâts du confinement sont immenses pour nos enfants et pour de nombreuses personnes. Nous voyons de nos yeux les nombreux dégâts psychologiques que cela a causé. Nous voyons également que les plus riches sortent encore plus riches de la crise. Quelqu’un était fier de m’expliquer que la famille actionnaire de la société dans laquelle il travaille a profité du désarroi de restaurateurs pendant la crise du Covid-19 pour racheter à prix cassés d’excellents restaurants. Ce n’est qu’un petit exemple…

Si on dit cela, on est tout de suite taxé de complotiste. On est mis dans la catégorie des fous et des inconscients. On est taxé de criminel… Car on voudrait que les gens attrapent le Covid-19 et en meurent. Un Président de la République a même dit en France qu’il voulait « Em… » ceux qui ne pensaient pas comme lui.

Mais d’un autre côté, faut-il croire ce que j’ai entendu cet été alors que j’attendais mon résultat de test corona, dans le sud de la France ? Je commençais à discuter avec un homme qui attendait lui aussi ses résultats. Nous commençons à discuter et il me dit avec conviction et avec son accent chantant : « Macron, quand on lui a fait le vaccin, il y avait de l’eau à la place ! Ils veulent tous nous tuer avec ce poison… »

Et finalement, où se trouve la propagande ? Où se trouve la manipulation des consciences ? Les complotiste voudraient détourner les masses de la pensée unique en agitant des peurs et des angoisses. Les bien-pensants voudraient faire de la pédagogie et éduquer les masses pour qu’elles pensent de la bonne façon.

Quelle est la voie de l’honnête Homme ? L’honnête Homme qui se retrouve face aux événements du monde, qui veut tenter d’analyser les choses, qui veut rechercher les causes profondes des événements.

Lorsque le brouillard devient épais et qu’on sent que les choses se mélangent et s’embrouillent, on a envie de se référer aux racines de notre tradition. On n’a bien évidemment pas la prétention de tout comprendre. On sait que ce que l’on va commencer à comprendre ne représente qu’une goutte d’eau de la sagesse infinie de la Torah. Mais on a le devoir d’essayer…

Remontons aux origines de notre peuple et de notre identité. Avraham s’est avant tout distingué par son opposition à la pensée dominante de son temps. Il s’est élevé contre l’idolâtrie et contre Nimrod qui voulait imposer par la démagogie à l’humanité une espèce de pensée unique et uniforme. Avraham a risqué sa vie pour ses idées. Il a été jeté dans la fournaise[1]. Il a finalement triomphé. Il a convaincu de nombreux hommes de sa génération à le suivre dans cette voie d’opposition. Avraham est alors devenu l’Ivri, l’hébreu, celui qui est passé de l’autre côté du fleuve, celui qui marche à contre-courant et qui n’a pas peur de s’élever contre la bien-pensance de son temps.

Avraham était de toute évidence contre le politiquement correct, contre la pensée unique, contre la bien-pensance.

Quelques années plus tard, Yaacov, est confronté au modèle parfait de la bien-pensance, Lavan. Lavan veut dire en hébreu « le blanc ». Lavan savait présenter ses idées et ses arguments de façon absolument irréprochable. Lorsqu’il a trompé Yaacov en lui donnant pour épouse Léa au lieu de Rahel, il a présenté les meilleurs arguments du monde[2]. « Yaacov ! Cela ne se fait pas de donner en mariage la cadette avant l’aînée. C’est quoi ta façon de penser ? Prends d’abord l’aînée et après tu prendras la cadette. » Que peut-on rétorquer à une si belle argumentation fondée sur la morale la plus élémentaire ? Pourtant, Lavan a été l’auteur d’une tromperie phénoménale. Le lecteur attentif des commentaires de la Torah sait combien cette inversion d’épouse a été à l’origine de toute les catastrophes du peuple juif (la dispute entre les frères et Yossef, le schisme…)[3].

Penser plus blanc que blanc, présenter les choses de la façon la plus parfaite, n’empêche pas du tout les pires horreurs et les pires catastrophes, souvent bien au contraire. On sait très bien que la vitrine est toujours très belle. Mais ce qu’il y a dans le magasin est beaucoup moins flatteur. Qui est ce « Blanc » dans chacune de nos époques qui cache finalement les pires saletés et les pires arrière-pensées ?

Arrêtons-nous également sur la fête de Pourim qui est le modèle de toute l’histoire humaine[4]. Nos Maîtres enseignent qu’après la Délivrance Finale, seule la fête de Pourim ne sera jamais annulée et que toutes les autres fêtes perdront de leur importance[5]. Le nom du livre de l’histoire de Pourim s’appelle Meguilat Esther, ce qui veut dire « Dévoiler ce qui est caché ». L’Histoire de Pourim est une invitation à rechercher les causes profondes de l’Histoire et à ne pas rester bloquer uniquement dans un déroulé visible des événements.

Au-delà de l’histoire visible, Pourim est l’affrontement du peuple juif avec Amalek, cette idéologie du mal par excellence, qui est selon notre tradition, l’idéologie qu’Israël doit absolument détruire.

La Torah nous invite à éviter à tout prix la bien-pensance et le confort qu’elle procure. Notre tradition nous invite à avoir toujours plusieurs avis sur tous les sujets de la vie. Le Talmud ne se présente pas comme un dogme unique et uniforme mais bien comme une pensée multiforme et aux multiples vérités. Notre tradition nous invite à entrevoir les forces cachées derrière l’histoire. Notre tradition nous avertit également qu’il y a des forces contraires dangereuses comme la force d’Amalek incarnée par Aman et Vashti dans l’histoire de Pourim. Ces forces n’hésitent pas à dénoncer le complot juif. Nous avons le devoir de combattre ces forces.

Arrêtons donc de nous embrouiller l’esprit ! Ne craignons pas d’être des hébreux comme Avraham ! Ne craignons pas d’être des juifs comme Mordechai ou Esther qui savent décoder les événements de l’histoire et qui n’ont pas froid aux yeux pour agir ! Ne craignons pas d’être le peuple juif qui résiste à tous les Impérialismes. Ne craignons pas d’être le peuple juif qui résiste, avant toute chose, à l’impérialisme de la pensée !


[1] D’après le Midrash Rabah, 38 – 13.

[2] Berechit, Parachah Vayetse Chapitre 29.

[3] Comme cela est précisé dans le récit la Hagadah du Seder de Pessah, le récit utilise la formule difficile à traduire :

ולבן ביקש לעקור את הכל

Lavan a voulu tout arracher, tout déraciner… Et le texte suggère qu’il a fait plus de Mal qua Pharaon au peuple Juif.

[4] Comme déjà évoqué dans un précédent article intitulé Pourim, c’est du Sérieux ! Bien mieux que n’importe quel journal comprendre les enjeux de notre temps en rapprochant le nom Esther du mot Lehastir qui veut dire « cacher ».

[5] D’après le Midrash Yalkout Chimouni תתקמ״ד:ב

שכל המועדים עתידין ליבטל וימי הפורים אינן בטלים לעולם

Disons plutôt que toutes les fêtes existeront après la délivrance finale, mais que la Lumière de la fête de Pourim sera nettement plus forte que celle de toutes les autres fêtes.