Ce qui se produit durant la soirée du Seder dépasse l’entendement ! Le soir du Seder est à la base de toute la Emounah du peuple d’Israël.

Le verset והגדת לבנך ביום ההוא (Chemot, 13, 8) énonce la mitsvah fondamentale : raconter à nos enfants la Hagadah. Le mot utilisé dans le verset pour dire « raconter » est להגיד (Lehaguid). Comme toujours, le mot en hébreu renferme en lui le génie de la notion. Le mot להגיד exprime le secret de la transmission juive. Les גידים (Guidim – même racine que Lehaguid) signifient en hébreu ou bien les « tendons » ou bien les « nerfs ».

Les tendons permettent de relier entre eux les muscles et de rattacher les membres du corps. En racontant la Hagadah à nos enfants, nous les rattachons aux autres membres du corps de la Nation d’Israël, ceux qui existent aujourd’hui et surtout ceux qui nous ont précédés dans la chaîne de transmission depuis la génération de la sortie d’Égypte.

Les nerfs permettent de transmettre des informations entre le cerveau et le corps dans les deux sens. En racontant la Hagadah, nous faisons circuler le vécu de la sortie d’Égypte à nos enfants, et nous créons en même temps un lien entre nos enfants et la sortie d’Égypte de nos pères.

La Hagadah, ce n’est pas passer une soirée de folklore juif à raconter ce que faisaient nos ancêtres les Hébreux. La Hagadah, c’est construire le lien entre une nouvelle génération et l’ensemble des générations qui l’ont précédée.

Cette année en particulier, je ressens très fort la notion de transmission. J’ai pu emmagasiner dans ma vie tellement de paroles, tellement de mélodies, tellement de comportements de mon père et de mon grand-père qui me viennent de cette soirée si spéciale. Je me revois enfant à la table du Seder recevoir une tradition venant du Maroc et de bien avant encore. Je me vois emmagasiner un vécu multimillénaire de ma propre famille et, par là-même, de mon peuple dans son ensemble.

Cette année, je suis moi-même devenu « l’ancien » qui va transmettre à mes enfants ce vécu exceptionnel. Je serai ancré dans ce que j’ai reçu de mes pères. Je serai en même temps tourné vers le message à transmettre à la nouvelle génération.

Cette année est également si particulière car nous allons fêter Pessah en pleine guerre.
Dans le verset qui nous oblige à la transmission à nos enfants, il est précisé ביום ההוא, « ce jour-là ». Pourquoi est-il marqué « jour », alors que la transmission du soir du Seder se passe la nuit ?

Le soir du Seder, c’est cette nuit qui devient jour. C’est la Liberté qui pénètre dans l’obscurité de l’exil. Nous chantons le Hallel la nuit, comme si c’était le jour.

Cette année, tout particulièrement, nous vivons un moment qui est extérieurement obscur et noir comme la nuit. La guerre, nos soldats sur tous les fronts, les alertes à la bombe, des membres de notre peuple qui tombent sous le joug de nos ennemis. Tout cela nous fait penser à la nuit et à l’exil.

Mais nous savons tous en ce Pessah de l’année 5786 que, derrière l’apparence de la nuit de la guerre, il y a une lumière flamboyante. Nous n’avons même pas besoin de l’étudier dans les livres pour le comprendre ! Tout le peuple d’Israël comprend que, derrière la nuit de cette guerre, il y a le jour et il y a le bien. Nous le comprenons car nous sommes le peuple qui a transmis de génération en génération le secret de la sortie de Mitsraïm.

Pendant cette fête de Pessah, le peuple d’Israël sera dans des abris, nos soldats seront au front à nous défendre et à combattre, mais le peuple d’Israël sera surtout ce magnifique lion qui rugit.