La majorité de ceux qui ont appris les mathématiques et les sciences a intégré que le doute est un outil extraordinaire de la pensée humaine, que le doute sert à avancer dans la connaissance et la compréhension du monde. Nous avons été élevés à l’Ecole du « Discours de la Méthode » de Descartes, et son fameux Cogito : « je pense donc je suis ».
Or sans s’en apercevoir, à force de baigner dans l’idéologie du 100% rationnel, nous ne savons plus faire appel à nos sens et à nos forces intérieures dans les situations qui l’exigent. Face à une grande décision à prendre ou face à une épreuve, nous nous retrouvons démunis et impuissants, nous ne savons plus comment agir. Nous sommes dans le doute – ספק – et cela nous ronge. Nous pouvons en devenir fou et en perdre la tête.
C’est ce qu’ont fait les enfants d’Israël, à la fin de notre Parachah, Bechalah – בשלח – lorsqu’ils ont vu qu’il n’y avait pas d’eau et qu’ils se sont révoltés. Le doute est l’ennemi absolu qui nous détruit de l’intérieur. Le doute, ספק, a la même valeur numérique que Amalek – עמלק, le plus grand ennemi d’Israël. L’enseignement est limpide. Tout de suite après avoir douté et s’être révolté, le peuple d’Israël doit affronter Amalek qui vient l’attaquer.
Notre Parachah nous relate plus tôt une autre situation désespérée mais qui, cette fois, a été surmontée.
Tout le peuple juif se retrouve encerclé par les Egyptiens et la mer infranchissable. Le Midrach rapporte qu’il y a eu quatre groupes dans le camp d’Israël correspondant à quatre décisions possibles. Un premier groupe décide de se battre contre l’armée Egyptienne. Un deuxième groupe, décide de prier. Un troisième groupe souhaite retourner en Egypte. Un quatrième groupe est prêt à se suicider. Ces quatre groupes ont tous eu tort.
Hachem s’adresse à Moché qui fait partie du camp des prieurs, sous le ton du reproche, « Pourquoi hurles-tu vers Moi ? » (Chemot, chapitre 14, verset 15).
Il y a des situations où nous devons nous connecter à une force supérieure et nous dire, « si Hachem nous a mis dans cette situation, c’est qu’il faut que nous avancions et que nous franchissions l’épreuve ». Nous ne devons pas essayer de penser avec les quatre solutions rationnelles qui correspondent aux quatre tempéraments naturels de l’homme : la pensée du matérialiste qui prend les armes et choisit le mauvais combat, la pensée du religieux qui prie et attend d’être pris en charge par la Providence, la pensée du lâche qui préfère la prise en charge de l’idéologie de l’oppresseur, la pensée du faible qui pense que la seule solution est de disparaitre et de s’assimiler.
Dans notre cas, il faut avancer vers une cinquième voie et prendre une toute autre décision. Il faut jouer la partition qu’Hachem nous demande de jouer, sans hésitation et avec détermination. Nahchon Ben Aminadav, le prince de la tribu de Yehoudah, a choisi d’avancer vers la mer. Le Midrach dit que la mer s’est ouverte au moment même où il ne lui était plus possible d’avancer.
Face au flou absolu, face à l’épreuve, l’homme a la capacité de faire le bon choix et de déjouer le destin. Cette cinquième voie, qui est la moins logique de toutes, est pourtant la seule à apporter une réponse à la question : « mais qu’est-ce qu’Hachem attend-il vraiment de moi ? ». Lorsque l’homme est capable de faire sien le mouvement de l’histoire, de ressentir d’où il vient, et vers où il doit aller, alors, l’homme fait le bon choix, et contre toute logique, il voit qu’Hachem s’associe à lui. Les règles de la nature ne sont plus un obstacle. La mer s’ouvre.
