Il ne faut pas avoir peur d’être pris pour un fou. Celui qui veut être soi-même, celui qui veut être en accord avec ses aspirations profondes, est souvent pris pour un fou, pour un marginal que l’on mettra au ban de la société. Quelle est la pire chose qui puisse arriver à un adolescent au milieu de ses amis ? Etre pris pour quelqu’un de différent, de bizarre, de fou, ne correspondant pas à la norme. La pression sociale s’exerçant, le jeune se résigne, se conforme à l’ambiance générale, et aspire finalement à devenir comme tout le monde.
L’Etat d’Israël moderne correspond parfaitement à cet adolescent peu à l’aise avec ses aspirations singulières. Le Pouvoir politique n’a pas le courage d’affirmer au monde que nous sommes différents des autres nations, que nous avons une identité particulière et des aspirations particulières. Plus globalement, la société Israélienne n’a pas ce courage d’aller chercher au plus profond d’elle-même sa vocation véritable. Nous voulons, comme tout le monde, avoir un pays qui remplit nos réfrigérateurs, et qui nous permet d’avoir nos vacances à l’étranger… et pour le reste, franchement, cela ne nous intéresse pas.
Au début de la Parachah Teroumah, première Parachah qui parle du Michkan, de la maison d’Hachem, le premier matériau à être mis en avant dans la construction[1] est ce fameux bois de Chitim, le bois des fous si l’on traduit correctement en Français. Cette allusion est édifiante comme si Hachem voulait nous dire : « Quand tu vas vouloir commencer à créer ma maison, sache que l’on te prendra pour le plus grand des fous. Mais n’aie pas peur. C’est comme cela que je veux que cela se passe. Il faut commencer la construction par un grain de folie, car ce projet est si révolutionnaire et paraîtra si incongru dans le monde, que sans cette folie, tu n’y arriveras jamais… »
Aujourd’hui, en 2022, si je faisais un micro-trottoir dans les rues d’Israël et je posais la question, « souhaitez-vous qu’Israël reconstruise le troisième Temple ? », tout le monde me prendrait pour un fou. J’ai d’ailleurs fait l’expérience sur quelques personnes que j’ai croisées ces derniers temps. Et elles m’ont en effet bien rigolé à la figure.
Certains disent : « Vous voulez que les arabes nous massacrent ? Vous voulez déclencher une révolte du monde Musulman ? Vous voulez des condamnations du monde entier ? Vous voulez une troisième guerre mondiale ? De toute façon, ce n’est pas possible. Le Mont du Temple n’est pas à nous. Et comment voulez-vous détruire les mosquées qui s’y trouvent ? Nous voulons être un pays comme tout le monde, laissez-nous tranquille avec ces absurdités. Jérusalem est la ville des trois religions et n’appartient pas qu’aux Juifs. »
D’autres rétorquent : « Mais cela ne va pas mon frère ! Le troisième Temple descendra du ciel selon la vision de nos prophètes. Il ne faut surtout pas se mêler de ce sujet. D’ailleurs, comment voudrais-tu t’y prendre ? Il y a énormément de problèmes Halachiques[2]. ».
Bref, ni le monde laïc, ni le monde religieux n’a l’air emballé… Et on se retrouve en 2022, avec seulement une poignée d’individus qui pensent sincèrement que la Maison d’Hachem n’est pas seulement un sujet de Parachat Hachavouah ou de cours de Religion, n’est pas seulement l’objet du jeûne de Ticha Beav, mais bien un élément fondamental de ce que devrait être l’aspiration profonde de tout le peuple d’Israël.
On dénombre entre quinze et vingt associations en faveur de la construction du troisième Temple. L’association la plus connue est le Machon Hamikdash[3], fondée et dirigée par le rav Israël Ariel, qui a préparé tous les ustensiles pour le Temple, et qui s’est préparé à la construction du troisième Temple. Mais malgré tout, ces associations sont isolées. Ce projet n’est bien évidemment jamais un sujet de débat à la Knesset et l’idée d’introduire ce sujet de façon sérieuse dans le débat politique n’est absolument pas envisageable aujourd’hui.

Et pourtant ! la construction du troisième Temple a été au cœur de toutes nos espérances depuis la destruction du deuxième il y a 2000 ans. Toutes nos prières rappellent notre souhait intérieur de reconstruire Jérusalem et son Temple. Tout le monde clame le soir du Seder « L’an prochain à Jérusalem reconstruite », c’est-à-dire avec son Temple… Comment n’arrive-t-on pas à accorder notre espérance profonde et millénaire avec la réalité concrète de nos aspirations terrestres de 2022 ?
La réponse est finalement assez simple. Il faut que des gens, qui seront d’abord pris pour des fous, commencent à parler de ce sujet, à l’évoquer, à faire des livres, à diffuser ces idées dans les médias pour qu’elles puissent trouver au final un écho populaire.
Le premier problème, le plus important de tous, est le regard du monde de la Torah sur ce sujet. Il y a globalement trois avis majeurs qui se dégagent pour la construction du troisième Temple[4] :
- Le premier avis ressort du Talmud de Babylone[5], et est exprimé par Rachi et Tossefot qui disent que le troisième Temple descendra du ciel.
- Le deuxième avis est issu de Maïmonide, le Rambam[6] qui dit que le troisième Temple sera reconstruit par le Machiah lui-même.
- Le troisième avis est issu du Talmud de Jérusalem[7] qui dit que le troisième Temple sera reconstruit avant la Royauté de David, c’est-à-dire avant l’arrivée du Machiah.
Mais comment fait-on pour s’y retrouver ? Il faut savoir que tous les avis des Grands Maîtres de la Torah ne sont en général pas contradictoires. Chaque avis représente une facette différente d’un même problème. Chaque maître se situe dans un certain angle de vision. « Elou veelou Divrei Elokim Haïm »[8].
Il est ainsi possible de réconcilier tous les avis. Le peuple d’Israël doit commencer à construire le Temple avant l’arrivée du Machiah. Le Machiah finira le travail, et à ce titre, s’appellera le constructeur du Beit Hamikdash, car celui qui finit une Mitsvah est le porteur de la Mitsvah. Le Machiah sera d’ailleurs le seul à connaître les dernières lois qui permettront de mettre en service le troisième Temple. Et enfin, en l’espace d’une nuit, Hachem fera descendre du ciel la Chehina, la Présence Divine, et le Temple sera finalement entièrement reconstruit.
Les différentes étapes ici correspondent à un schéma fondamental de tout accomplissement dans la vie. L’Homme n’obtient rien gratuitement et sans effort. Si l’on souhaite quelque chose, il faut d’abord s’investir et agir. C’est ce qu’on appelle en hébreu la « Hichtadlout ». Peu importe si on n’arrive pas au but que l’on s’est fixé, mais il faut commencer l’action. La réussite de l’action et sa finalisation ne dépend jamais de soi. Elle dépend de forces qui nous dépassent. Elle dépend d’Hachem. Eh bien, pour le troisième Temple, il faudra que ce schéma habituel s’accomplisse. Et il est erroné de dire que le troisième Temple correspondra à un miracle surnaturel, sans investissement de la part du peuple Juif.
Il faut le vouloir de tout son cœur. Il faut le désirer. C’est ce que dit explicitement ce magnifique passage du Ramban[9]. Les enfants d’Israël auraient dû vouloir reconstruire la Maison d’Hachem à peine entré en Eretz Israël, du temps des Juges. Il a hélas fallu attendre la volonté de David, mais Shaoul aurait déjà pu le construire. Et même David aurait pu le construire lui-même si les Tribus d’Israël le désiraient profondément. Le Ramban révèle de façon magistrale et limpide son avis. Le Beit Hamikdash doit avant tout être désiré profondément par toutes les tribus d’Israël. En langage moderne, le troisième Temple doit avant tout être désiré par toutes les tendances du peuple Juif.
La sortie de l’exil du monde ne passera que par la reconstruction du troisième Temple. Tant que cette connexion entre le monde d’en haut et le monde d’en bas n’est pas rétablie, il ne pourra pas y avoir de paix dans le monde.
Alors soyons fou et inversons totalement notre façon de voir les choses. En entreprenant de tout notre cœur le projet de reconstruire le Temple, en l’érigeant comme un projet national salvateur pour le monde, au lieu de récolter ce que tout le monde craint aujourd’hui, une troisième guerre mondiale, nous récolterons tout le contraire, la paix dans le monde. Pour en finir avec la haine gratuite qui fulmine au sein du peuple juif en Israël, il faut avoir une idée commune, un projet commun, qui est l’idée de la construction du Temple lui-même. Quand le monde entier verra qu’Israël retrouve son unité derrière le projet du Temple, qu’Israël retrouve son identité, sa force et sa splendeur, le fondement même des fausses croyances Musulmanes et Chrétiennes tomberont. Alors, nous rentrerons dans un monde avec Israël, avec soixante-dix Nations qui auront chacune leur identité. Et Jérusalem, la ville de la paix, irriguera de lumière le monde entier.
Commençons… Seulement commençons à faire des choses avec ce bois des fous[10], et nous verrons que nous arriverons, petit à petit, à faire avancer le Grand Projet de notre Temps.
[1] Chemot, Chapitre 25, verset 10 « et vous ferez une arche avec le bois de Chitim »
[2] Loi Juive
[4] Mise en perspective de très nombreuses sources réalisée par David Sadoun, Homme de Torah et engagé en politique, dans le cadre de l’une de ses conférences données en décembre 2021. Voir la chaîne Youtube de David Sadoun.
[5]Traité de Souccah Page 41a.
[6] Michné Torah, Halachot Melachim, Chapitre 11
[7] Talmud de Jérusalem, Traité Maasser Cheni, Chapitre 5, Beit.
[8] « Ces avis et ces autres avis sont des paroles de D. Vivant »
[9] Bamidbar, Parachah Korah, Chapitre 16, sur le verset 21.
[10] Atsei Chitim en hébreu, pour reprendre les propos du début de l’article.
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