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  • Hanoukah pour de vrai… Et si on rêvait un peu ?

    Hanoukah pour de vrai… Et si on rêvait un peu ?

    Hanoukah[1] est devenue ces dernières années une fête juive ultra connue des non juifs. Dans toutes les grandes villes du monde, de Paris à New York, de Berlin à Shanghai, de Dubaï à Buenos Aires, de Londres à Tokyo, les lumières de Hanoukah sont allumées publiquement devant des foules. Allumer quelques lumières, éclairer l’obscurité de l’hiver, cela parle à tout le monde. Le monde entier est touché par cette fête simple et lumineuse… Elle paraît si anodine, si inoffensive, si loin d’une quelconque manifestation politique…

    Eh bien, sans le savoir, les Nations en fêtant Hanoukah avec les juifs, acceptent cette idée universelle du Temple d’Hachem, dans lequel brillait la Ménorah[2]. Les peuples attendent dans leur subconscient cette inauguration[3]. Les peuples sont, au fond d’eux-mêmes, prêts pour ouvrir les yeux à cette lumière extraordinaire qui illuminera pour de vrai un jour le monde entier.

    Alors, où est le problème ? Pourquoi dans la vraie vie, la quasi-totalité du monde se positionne contre la présence juive sur le Mont du Temple ? Pourquoi dès qu’un Juif s’y promène en agitant les lèvres pour dire quelques versets de psaumes ou quelques mots de prière, la police israélienne le renvoie manu-militari ? Pourquoi dès qu’un homme politique israélien s’y rend, on le qualifie d’extrémiste de droite ? Pourquoi ce décalage incommensurable entre l’acceptation mondiale de la fête de Hanoukah et le début d’une action qui permettrait de faire un pas vers la reconstruction du Temple ?

    Où est le problème ? Est-il chez les Nations ? Est-il chez nos ennemis les plus farouches qui refusent la présence d’Israël sur sa terre ?

    Je crois fondamentalement que le problème se trouve chez nous, les juifs. Nous acceptons la Torah et ses Mitsvot[4] en tant que culte. Tous les Juifs acceptent la fête de Hanoukah. Elle est fêtée par tout Israël, les religieux et les non religieux. Chaque soir de Hanoukah, des lumières sont allumées dans des synagogues mais également dans des lieux publics comme des hôpitaux, des complexes sportifs, des piscines…

    Le problème se trouve chez nous, les juifs. Et cela, aussi bien chez les religieux que chez les non religieux. L’Humain n’aime finalement pas être bousculé. Tant que le religieux peut aller prier dans sa synagogue trois fois par jour, manger cacher, et avoir une vie personnelle juive, il est satisfait. Tant que le non religieux peut circuler en transport public le chabbat, manger des crustacés, et voyager à l’étranger pendant les fêtes juives, il est satisfait. Tout le monde se complait finalement de la même manière dans une vie où la Torah se résume à un culte, c’est-à-dire des prières et des fêtes qu’elles soient vécues comme un folklore pour les uns ou comme un commandement pour les autres.

    L’humain a tellement peur de la vraie aventure, l’aventure de vivre pour de vrai cette fête de Hanoukah. Hanoukah, c’est une Nation qui s’est révoltée contre l’oppresseur Grec dominateur, qui voulait détruire la culture et l’essence même d’Israël. Les Grecs ne voulaient pas détruire le corps d’Israël, mais bien son âme. Pour préserver l’âme d’Israël, les Maccabim[5] n’ont pas eu d’autres choix que de prendre les armes et de se battre. Pour défendre l’Essence et l’âme d’Israël, il faut avoir le courage de se battre et de prendre des risques, même si on se sent tout petit, un contre mille, comme à l’époque de Hanoukah.

    Soyons fiers de notre culture, de notre héritage millénaire. Comme les enfants d’Israël de l’époque de Hanoukah, arrêtons de vouloir ressembler à l’Occident, soyons nous-mêmes… Au lieu de fêter Hanoukah, vivons enfin Hanoukah… Agissons pour reconstruire le Temple et pour rallumer la Menorah[6] pour de vrai.

    La fête de Hanoukah, composée de huit jours avec huit bougies, est sous le signe du Huit. Le Huit est ce chiffre qui représente les forces au-delà de la nature, les forces dont nous avons tant besoin pour défier l’impossible, défier les armées occidentales, armées idéologiques et leurs forces physiques. Ce n’est que grâce à notre implication courageuse dans ce monde, que nous arriverons au niveau de la fête Hanoukah, à déclencher des forces surnaturelles permettant de chambouler toutes les idées préconçues du monde, et à faire accepter à tous les habitants de la terre l’allumage de la Menorah dans le Beit Hamikdach[7] reconstruit.

    Les Nations sont préparées à cela. Les Nations n’attendent peut-être au fond d’elles-mêmes que cela. Elles aiment déjà le Hanoukah des bougies. Elles aimeront encore plus le Hanoukah du troisième Temple. Cette nouvelle lumière éclairera et réchauffera pour de vrai les cœurs du monde entier, de Paris à New York, de Berlin à Shanghai, de Dubaï à Buenos Aires, de Londres à Tokyo…


    [1] Hanoukah est la fête qui commémore la ré-inauguration du Temple de Jérusalem grâce à l’allumage miraculeux du candélabre, la Ménorah, grâce à une petite fiole d’huile, qui a permis d’éclairer pendant huit jours.

    [2] Candélabre à sept branches

    [3] Inauguration : traduction littérale de Hanoukah

    [4] Mitsvot : Commandements

    [5] Les Maccabées sont cette famille de Cohen qui a mené la résistance contre la politique d’hellénisation pratiquée par les Grecs au 2ème siècle avant l’ère vulgaire, au temps du Deuxième Temple de Jérusalem.

    [6] Candélabre à 7 branches.

    [7] Temple de Jérusalem sur le mont du Temple.

  • Tout simplement merci ! Merci de faire partie de la génération qui vit le plus grand miracle de tous les temps – Yom Atsmaout

    Tout simplement merci ! Merci de faire partie de la génération qui vit le plus grand miracle de tous les temps – Yom Atsmaout

    Un peu de sensibilité. Rien qu’un peu de sensibilité. Pas besoin de faire appel à de grandes notions comme la Spiritualité, la Foi, la Croyance en D… Pas besoin d’appeler à une révélation céleste. Rien qu’un peu de sensibilité. Afin que nos yeux voient la simple réalité de l’Histoire. Afin que nos cœurs ressentent tout simplement la réalité que l’on vit tous les jours.

    Notre sensibilité est complètement déréglée. On est capable de s’émerveiller devant le spectacle d’un chanteur. On est capable de s’émerveiller devant quelques effets spéciaux dans le dernier film à sensation. On est capable de ressentir de la pitié lorsqu’on voit une image de souffrance à la télévision. On est même capable de s’émerveiller quand on se souvient d’une mer qui s’est ouverte quelques heures… Mais on manque tellement de sensibilité pour s’émerveiller devant l’Histoire prodigieuse que l’on vit, devant l’Histoire insensée qui a fait revenir sur sa terre un peuple dispersé et humilié pendant 2000 ans.

    La sensibilité mal placée est un problème de l’homme en général. La Torah est sensée aider l’homme à se raffiner pour que sa sensibilité s’oriente vers les bons objets, vers les bonnes causes. Parfois l’étude de la Torah permet de se raffiner, mais parfois pas. Parfois les hommes qui n’étudient pas la Torah arrivent à aiguiser leur sensibilité grâce à une recherche pure et sincère d’une certaine Vérité.

    L’homme religieux parle souvent de miracle. Il ne tarit pas d’histoires de miracles de grands sages qui ont su, par leur mérite, faire tomber la pluie ou qui ont guéri un malade dans un cas désespéré.

    L’homme non religieux ne parle pas de miracle. Ce mot est banni de son vocabulaire. Tout ce qui arrive dans ce monde est le résultat de phénomènes explicables. Tout ce qui arrive est un enchaînement de causes et de conséquences qui répondent à des règles inscrites dans la nature.

    Le problème pour les deux catégories d’hommes, c’est qu’ils ont du mal à ressentir ce que l’on appellera ici « Le Miracle Naturel ». Si un miracle s’inscrit dans des règles naturelles de l’histoire et qu’il est le résultat d’actions et de décisions d’hommes et de femmes faites de chair et de sang, alors on aura du mal à parler de miracle.

    Le phénomène de reconstruction de la Nation Juive après son effritement et son affaiblissement pendant des millénaires, est sans nul doute le plus grand miracle de tous les Temps. Nous avons le privilège de le vivre. Ce miracle n’est pas moins grand que l’immense miracle de la naissance de notre peuple au moment de la Sortie d’Egypte. Ce miracle n’est pas moins grand que le sauvetage in-extremis de notre peuple aux époques de Pourim et de Hanouka. Ce miracle est sans doute le plus grand car il se terminera par la Délivrance et la Paix dans le monde.

    L’homme a des difficultés pour voir les choses dans deux cas bien distincts. L’homme ne peut rien voir lorsqu’il est dans le noir. L’obscurité empêche le sens de la vision de fonctionner. A l’extrême opposé, l’homme ne peut rien voir lorsque la lumière est trop forte et l’éblouit. Nous sommes ici dans le deuxième cas. La lumière de la Délivrance Historique du peuple juif est tellement forte qu’on n’arrive pas à la voir, et qu’on n’arrive pas à la ressentir.

    Le miracle est tellement éblouissant, qu’il s’est réalisé par des hommes qui ne portaient pas les vêtements habituels du miracle. Il est passé par des hommes séculiers se situant à l’opposé de ce que l’on attend habituellement du miracle vu par les hommes religieux. L’Histoire de la reconstruction d’Israël sur sa terre est passée par des hommes, comme Théodore Herzl, produit pur de l’émancipation et de l’assimilation juive du XIXème siècle.

    En lisant le Journal[1] de Théodor Herzl, journal qu’il a tenu entre le printemps 1895 et sa mort brutale le 3 juillet 1904, on mesure le chemin accompli.

    Aux prémices de son engagement sioniste, Herzl écrit :

    « Commencé à Paris vers la Pentecôte 1895

    Je travaille depuis quelque temps à un projet d’une grandeur infinie. A l’heure actuelle, je ne sais pas si je le réaliserai. Il ressemble à un rêve grandiose. Mais depuis des jours, voire des semaines, il me remplit jusque dans mes états inconscients ; il m’accompagne partout, flotte au-dessus de mes conversations les plus banales, regarde par-dessus mon épaule pour observer ma dérisoire activité de journaliste ; il me dérange et me grise.

    Ce qui en sortira, il est impossible pour le moment de le prédire. Cependant, mon expérience me dit que ce projet est digne d’être noté même sil ne s’agit que d’un rêve et que je devrais le coucher sur papier ; même si ce n’est pas pour la mémoire des hommes, ce sera pour mon propre plaisir futur ou pour ma propre réflexion. Ou encore, peut-être pour quelque chose d’intermédiaire entre ces deux possibilités, à savoir pour la littérature. En effet, si le roman ne se traduit pas en action, l’action peut devenir roman.

    Le titre : La Terre promise ! »

    En lisant son Journal, plus encore qu’à la lecture du Manifeste L’Etat des Juifs[2], on ressent le parcours réalisé en moins de dix ans par cet homme. On voit sa naïveté d’abord. Mais on voit ensuite que c’est grâce à sa naïveté, qu’il a pu commencer à faire bouger des montagnes. On voit d’abord qu’il s’agit d’un homme très assimilé, qui explique même avoir pensé que l’assimilation et la conversation au christianisme de tous les Juifs était la solution à la Question Juive[3]. Mais on voit ensuite que derrière ce juif assimilé, se dresse un homme avec une foi inimaginable en la renaissance de la Nation Juive. Ses détracteurs vous diront qu’il s’est trompé sur bien des points. L’homme honnête dira qu’il a démarré un processus extraordinaire qui a fait que nous sommes aujourd’hui habitants d’Israël, un Etat Juif, un Etat Puissant et un Etat qui abrite plus que jamais des millions de Juifs qui donnent tous les jours vie à la Torah.

    Hachem nous a ébloui en utilisant un Juif Autrichien assimilé pour déclencher le processus du Sionisme politique, si bien que tant de monde venant de l’officialité du Judaïsme et que tant de « religieux » n’y croyaient pas du tout.

    Hachem a surtout ébloui les Nations elles-mêmes qui ne se sont pas doutées qu’un Juif assimilé Autrichien puisse être à l’origine de tout ce processus qui conduirait à la Création d’un Etat Juif. A quoi pensait le Pape Pie X lorsqu’il a reçu en 1904 Théodor Herzl qui lui demandait d’agir en faveur du retour des Juifs sur leur Terre ? Le Pape ne s’est pas méfié. Il ne s’est pas rendu compte que cette visite était le début d’un mouvement historique qui allait mettre fin à l’un des fondements du discours chrétien à propos des Juifs, discours selon lequel les Juifs continuaient à exister de façon misérable seulement pour témoigner de leur punition et de leur détournement du message chrétien.

    Alors, disons tout simplement merci. Merci à Hachem. Merci à tous ces hommes qui nous ont précédé. Merci à tous ces hommes, comme Herzl qui ont planté des graines sans voir le fruit de leurs actions. Merci à tous ces hommes qui ont fait l’Histoire et qui ont agit pour que nous soyons là aujourd’hui pour pouvoir croquer à pleine dent la vie dans notre pays.

    Soyons à la hauteur de nos prédécesseurs. Continuons à planter des graines, pour que ce qui nous semble encore impossible à nos yeux aujourd’hui soit possible demain pour nos enfants et petits-enfants. Continuons par nos actions à renforcer la Nation Juive sur sa Terre. Continuons et plantons des graines pour la justice sociale en Israël. Continuons et plantons des graines pour une société capable de faire l’union entre ses différentes tendances. Continuons et plantons des graines pour la reconstruction du Temple. Continuons et plantons des graines pour la paix en Israël et dans le monde.

    Continuons à faire vivre le miracle de la construction et du renforcement de la Nation Juive sur sa terre.


    [1] Théodor Herl Journal 1895 – 1904 Morceaux choisis et présentés par Roger Errera et préfacé par Catherine Nicault chez Calmann-Lévy.

    [2] L’Etat des Juifs – Théodor Herzl – publié pour la première fois en 1896. Ecrit en Allemand, le titre original est Judenstaat qui pourrait se traduire également par Etat Juif. La majorité des lecteurs attentifs du livre de Herzl pencherait plutôt pour la traduction l’Etat des Juifs. L’obsession majeure d’Herzl est le sort des Juifs face à l’antisémitisme et face aux nécessaires vagues d’émigration venant des pays d’Europe de l’Est et aux inéluctables refus des pays occidentaux à vouloir accueillir tant de réfugiés. La notion de Judaïsme et d’Identité Juive n’est en tous cas pas ce qui ressort de façon explicite de ses écrits. Néanmoins, en observant sa vie et en le lisant entre les lignes, on ressent l’intériorité de sa pensée et non son extériorité. On entrevoit un Herzl, qui, par ses actions et ses écrits, fait renaître la véritable Identité Juive disparue depuis l’Exil, une identité fondée sur le travail, la responsabilité, et à la nécessaire prise en main du destin collectif.

    [3] La question juive est une expression apparue à l’époque des Lumières, en Allemagne, qui faisait originellement référence à l’aptitude des Juifs à s’intégrer en Europe occidentale. Plusieurs livres ou articles célèbres y sont consacrés comme La Question juive par le philosophe allemand Bruno Bauer en 1843, ou l’article de Karl Marx intitulé Sur la Question Juive en 1844.

  • De quelle Egypte doit-on sortir aujourd’hui ? – Bonne fête de Pessah

    De quelle Egypte doit-on sortir aujourd’hui ? – Bonne fête de Pessah

    La Hagadah de Pessah nous rappelle l’enseignement tiré du Talmud[1]. La sortie d’Egypte doit nous accompagner tous les jours de notre vie, le jour et la nuit[2]. La sortie d’Egypte doit être rappelée à toutes les époques de l’Histoire, à notre époque et également après l’arrivée du Machiah. La sortie d’Egypte ne doit jamais nous quitter.

    Plus encore… un peu plus loin dans la Hagadah, un paragraphe entier est consacré à l’obligation selon laquelle tout homme doit considérer qu’il sort lui-même d’Egypte le jour de Pessah[3].

    Mais pourquoi cette obsession avec la sortie d’Egypte ? Comment pouvons-nous sortir d’Egypte sans même y avoir mis une fois les pieds ?

    Ces appels à se souvenir de la sortie d’Egypte dans toutes nos prières et tous les gestes de nos vies ne sont bien évidemment pas seulement à prendre au premier degré. Devrions-nous visionner régulièrement le film de Cecil B. DeMille, Les Dix Commandements, pour aider notre imagination à bien nous rappeler ce qu’il s’est passé il y a 3500 ans ? Bien évidemment non !

    Si la sortie d’Egypte doit vraiment nous accompagner tous les jours et toutes les nuits de nos vies jusqu’à l’arrivée du Machiah et même après, c’est que derrière la sortie d’Egypte se cache une notion de la plus haute importance, et que nous avons le devoir de comprendre.

    Pour dévoiler l’idée derrière le mot Egypte, il faut tout simplement se référer au mot en hébreu : מצרים , Mitsraim, qui peut également se lire Metsarim. Le mot Metsar désigne quelque chose d’étroit, d’étriqué, de limité. L’Egypte, et plus précisément Mitrsaim, nous renvoie à une notion profonde et cachée.

    La question qu’il faut alors se poser tous les jours de notre vie, le jour et la nuit, est : quels sont aujourd’hui les étroitesses et les limites du monde ? Qu’est-ce qui a tendance à m’enfermer dans une prison intellectuelle, et à faire de moi un esclave qui n’a pas d’autonomie ?

    La question que je me permets humblement de poser ici est : quels sont ces carcans et ces limites que l’on doit briser à notre époque ?

    A cette question, nous sommes invités à trouver des réponses en rapport à nos propres vies et à bien identifier nos propres limites qui nous affaiblissent et qui nous empêchent d’agir tel que nous le devrions.

    Mais ici, je voulais toucher un point subtil qui concerne les limites du monde en général. Car à notre époque, je crois bien que nous sommes arrivés au summum de l’esclavage et de l’étroitesse d’esprit dans un domaine en particulier. Je suis très touché par l’observation d’un phénomène qui peut paraître anodin et banal de prime abord, tant on a l’habitude de l’idéologie individualiste et hédoniste qui domine notre monde. Le phénomène dont je veux parler, certes encore minoritaire, émerge de façon significative dans le monde occidental.

    Il y a de plus en plus d’hommes et de femmes qui, au nom de la morale, au nom du bien pour l’humanité et la planète, décident de ne pas avoir d’enfant.

    Nous ne parlons pas ici de ceux qui ne peuvent hélas pas avoir d’enfant pour des raisons médicales. Nous ne parlons pas de ceux dont la vie a finalement mis des embuches et qui ont raté cette occasion d’avoir des enfants. Nous ne parlons pas de ceux qui veulent tout simplement jouir des plaisirs de la vie ou de ceux qui préfèrent simplement éviter les difficultés d’élever des enfants.

    Ici, nous parlons bien de personnes souvent engagées dans la société, bénévoles dans des associations caritatives, et qui, par idéologie, refusent de poursuivre la chaîne de la vie.

    Car en effet, une analyse rationnelle du monde qui nous entoure, nous amène à envisager les risques qui pèsent sur l’humanité à moyen et long terme. Le forum économique mondial publie par exemple chaque année un rapport[4] qui permet d’identifier les risques les plus lourds qui pèsent sur le monde.

    Ces risques y sont répartis en cinq catégories : économiques, environnementaux, géopolitiques, sociétaux, et technologiques. Il peut s’agir du risque de maladies infectieuses, risque que l’on a commencé à bien toucher du doigt avec le Covid-19. Il peut s’agir du risque lié aux armes de destruction massive que le monde ressent un peu plus ces dernières semaines depuis le début de la guerre en Ukraine. Il peut s’agir du risque de famine, du risque de crise systémique liée à l’explosion de la dette, ou bien du risque de crise économique mondiale induite par une inflation incontrôlée. Il peut s’agir de pannes, ou d’attaques informatiques généralisées…

    Les risques qui sont les plus fréquemment cités dans le Top 10, sont ceux liés à l’environnement : le réchauffement climatique, les conditions météorologiques extrêmes, la perte de la biodiversité, les dégâts humains sur l’environnement, la crise des ressources naturelles.

    Si l’on suit une approche rationnelle par les risques, c’est très facile de croire que l’humanité court à sa perte et à son extinction. La crise systémique n’est pas qu’une idée de science-fiction.

    Alors, il y a ces jeunes hommes et ces jeunes femmes, de plus en plus nombreux, qui ont conscience de tout cela, et qui décident de ne plus suivre leur pulsion de donner la vie. Et petit à petit, au nom du bien pour la planète, ils bouleversent la norme sociale traditionnellement établie qui consiste à fonder une famille et à avoir des enfants. Ces jeunes hommes et ces jeunes femmes s’enferment sans le savoir, et en croyant être complètement libres, dans une prison intellectuelle, dans une Egypte moderne.

    Même dans l’Egypte ancienne, alors que Pharaon avait su mettre en place un système d’oppression très sophistiqué et très puissant, les enfants d’Israël continuaient à avoir des enfants et espéraient au fond d’eux-mêmes en la délivrance. Il faut rappeler l’histoire exceptionnelle, racontée par Rachi dans son commentaire à la fin de la Parachah de Vaykhel[5], concernant les miroirs que les femmes d’Israël ont souhaité donner en cadeau pour construire le bassin du cuivre du Michkan[6]. Moshé ne voulait pas accepter ces objets qu’il considérait être des objets futiles et de Yetser Hara[7]. Hachem a alors repris Moshé en lui disant que ces objets Lui sont plus chers que tout. Rachi explique que les femmes d’Israël, alors que leurs maris étaient fatigués par les travaux de l’esclavage, sortaient avec leur miroir de cuivre et arrivaient grâce à eux à installer un moment de légèreté et d’intimité avec leurs époux. Grâce à ces miroirs, les enfants d’Israël, pendant leur esclavage, ont continué à avoir ce désir d’enfants, et ont pu continuer à espérer. Ces objets, les plus futiles qui soient en apparence, ont finalement été déterminants pour parvenir à construire le peuple qui pourra être délivré.

    C’est dire que l’humanité est sans doute rentrée dans une période encore plus sombre que celle de l’Egypte d’il y a 3500 ans ! Le point mis en avant ici, qui consiste à vouloir au nom de la morale ne plus avoir d’enfants, est sans doute un des symptômes les plus forts du niveau d’oppression dans lequel se situe le monde aujourd’hui.

    Nous vivons dans un état d’esclavage dont nous n’avons pas conscience. Car il nous semble que tout va si bien extérieurement avec notre droit de vote, nos réfrigérateurs pleins, et nos vacances. Et pourtant…

    Il faut trouver la force, nous peuple juif, porteur du message de la Torah, pour que le monde se réveille. Quand on ne croit plus en rien et quand on ne croit qu’en une analyse rationnelle par les risques, on n’avance plus, et le monde meurt.

    C’est pour cela que le premier commandement[8] présente D. comme étant Celui qui fait sortir de Mitrsaim et de la maison de l’esclavage. La croyance en un monde meilleur est indispensable pour sortir de l’esclavage de la rationalité. Hachem se présente à nous, non pas comme le Créateur du monde, mais comme Celui qui est Le Seul Capable de libérer l’homme en le faisant sortir de sa torpeur et de son étroitesse d’esprit.

    Toute croyance, qu’elle soit rationnelle ou irrationnelle, qui nous enferme dans nos limites, qui nous empêche d’agir dans ce monde, et qui nous fait croire que l’avenir est impossible, est, par définition du Premier Commandement, une fausse croyance.

    Comment peut-on vivre et vouloir avoir des enfants en 2022 si on ne croit pas en la délivrance, si on ne croit pas à l’avènement du Machiah ? Tellement de gens considèrent que le mot Messinaisme est un gros mot ! Tellement de gens considèrent que le mot Délivrance est un gros mot !

    Je formule alors le vœu, en cette veille de Pessah, que nous puissions nous connecter à cette croyance authentique selon laquelle Hachem nous fait sortir de toutes les limites de ce monde, à tous les instants de notre vie, le jour et la nuit, avant l’arrivée du Machiah, et après l’arrivée du Machiah.


    [1] Comme cela est précisé dans le traité de Berachot, dans le chapitre 1, dans la cinquième Michna. Cette Michna rapporte le verset de la Torah de la Parachah Réeh du livre de Devarim, au chapitre 16, verset 3 dont un extrait mentionne : « Afin que tu te rappelles le jour où tu es sorti de la terre d’Egypte tous les jours de ta vie ».

    [2] Très concrètement, nous avons l’obligation de dire lire le Chema Israël le jour et la nuit, dont le dernier verset rappelle la sortie d’Egypte.

    [3] Dans le passage « בכל דור ודור » de la Hagadah, issu de la Michnah 5 du chapitre 10 du Traité de Pessahim.

    [4] Global Risks Report 2022 www.weformum.org

    [5] Commentaire de Rachi sur la Parachah Vayakhel, chapitre 38, verset 8 dans le livre de Chemot.

    [6] Le bassin de cuivre permettait au Cohanim de se laver les mains et les pieds avant chaque service à réaliser dans le temple portatif.

    [7] Mauvais penchant

    [8] Le premier commandement (Parachah Ytro dans le livre de Chemot, chapitre 20, verset 2) : « Je suis l’Eternel ton D. qui t’est fait sortir de la terre d’Egypte [Mitrsraim], de la maison des esclaves ». De très nombreux commentateurs posent la question : comment se fait-il que D. se présente par son action liée à la sortie d’Egypte et non par son action beaucoup plus grande et impressionnante de la création du monde ex-nihilo ?

  • Ukraine, Covid-19, et tous les grands sujets d’actualité… Quel chemin nous reste-t-il entre le politiquement correct et le complotisme ?

    Ukraine, Covid-19, et tous les grands sujets d’actualité… Quel chemin nous reste-t-il entre le politiquement correct et le complotisme ?

    Le complotisme, le conspirationnisme… Les hommes politiques, les intellectuels, les médias dénoncent ces modes de pensée qui croient voir derrière chaque événement la main d’un groupe d’individus qui veut le mal du monde.

    Le politiquement correct, la pensée unique, la bien-pensance… Les opposants aux pouvoirs politiques installés, certains intellectuels, dénoncent ces modes de pensée qui font tout pour mettre en dehors du cercle de la raison ceux qui s’opposent à une bonne façon de penser.

    La guerre en Ukraine est un événement tragique. La Russie a décidé de rentrer en Ukraine par la force des armes. Les Ukrainiens résistent. Des millions de réfugiés tentent d’échapper aux bombes et aux zones d’affrontements. La guerre laissera derrière elle de nombreux morts et de nombreux blessés. Les médias ne tarissent pas d’images terribles de la guerre. Ils condamnent de façon unilatérale la Russie pour l’agression commise.

    Doit-on se contenter de cette présentation des choses ? A-t-on le droit d’essayer d’examiner les causes plus profondes au déclenchement de la guerre ? Les Etats-Unis et les pays Occidentaux avaient-ils mené la politique adéquate pour éviter la guerre ? Faut-il absolument croire au méchant Poutine contre le gentil Biden ? Les Ukrainiens étaient-ils sur le point de posséder la bombe atomique ? Les Américains ne sont-ils pas finalement les agresseurs cachés et n’ont-ils pas sciemment mis les Ukrainiens sur un champs de bataille qui les dépassent ? Aie… Attention, on est en train de franchir la ligne rouge… la ligne rouge du complotisme…

    La crise du Covid-19 a envahi nos vies depuis deux ans. S’est imposé à nous une vision politiquement correcte du sujet. Pour être politiquement correct, il faut être favorable au confinement, favorable au cours des enfants par Zoom, favorable à la vaccination qui promettait une efficacité de 96%, favorable au Tav Yarok en Israël et au Pass sanitaire et vaccinal en France, qui devaient être un rempart contre la propagation du virus… Tout celui qui s’opposait à cette vision binaire était tout de suite taxé de complotiste, de conspirationniste…

    Pourtant, aujourd’hui, on sait que le vaccin n’est pas efficace à 96%. On sait qu’être vacciné n’empêche pas de transmettre le virus… On sait aussi que les dégâts du confinement sont immenses pour nos enfants et pour de nombreuses personnes. Nous voyons de nos yeux les nombreux dégâts psychologiques que cela a causé. Nous voyons également que les plus riches sortent encore plus riches de la crise. Quelqu’un était fier de m’expliquer que la famille actionnaire de la société dans laquelle il travaille a profité du désarroi de restaurateurs pendant la crise du Covid-19 pour racheter à prix cassés d’excellents restaurants. Ce n’est qu’un petit exemple…

    Si on dit cela, on est tout de suite taxé de complotiste. On est mis dans la catégorie des fous et des inconscients. On est taxé de criminel… Car on voudrait que les gens attrapent le Covid-19 et en meurent. Un Président de la République a même dit en France qu’il voulait « Em… » ceux qui ne pensaient pas comme lui.

    Mais d’un autre côté, faut-il croire ce que j’ai entendu cet été alors que j’attendais mon résultat de test corona, dans le sud de la France ? Je commençais à discuter avec un homme qui attendait lui aussi ses résultats. Nous commençons à discuter et il me dit avec conviction et avec son accent chantant : « Macron, quand on lui a fait le vaccin, il y avait de l’eau à la place ! Ils veulent tous nous tuer avec ce poison… »

    Et finalement, où se trouve la propagande ? Où se trouve la manipulation des consciences ? Les complotiste voudraient détourner les masses de la pensée unique en agitant des peurs et des angoisses. Les bien-pensants voudraient faire de la pédagogie et éduquer les masses pour qu’elles pensent de la bonne façon.

    Quelle est la voie de l’honnête Homme ? L’honnête Homme qui se retrouve face aux événements du monde, qui veut tenter d’analyser les choses, qui veut rechercher les causes profondes des événements.

    Lorsque le brouillard devient épais et qu’on sent que les choses se mélangent et s’embrouillent, on a envie de se référer aux racines de notre tradition. On n’a bien évidemment pas la prétention de tout comprendre. On sait que ce que l’on va commencer à comprendre ne représente qu’une goutte d’eau de la sagesse infinie de la Torah. Mais on a le devoir d’essayer…

    Remontons aux origines de notre peuple et de notre identité. Avraham s’est avant tout distingué par son opposition à la pensée dominante de son temps. Il s’est élevé contre l’idolâtrie et contre Nimrod qui voulait imposer par la démagogie à l’humanité une espèce de pensée unique et uniforme. Avraham a risqué sa vie pour ses idées. Il a été jeté dans la fournaise[1]. Il a finalement triomphé. Il a convaincu de nombreux hommes de sa génération à le suivre dans cette voie d’opposition. Avraham est alors devenu l’Ivri, l’hébreu, celui qui est passé de l’autre côté du fleuve, celui qui marche à contre-courant et qui n’a pas peur de s’élever contre la bien-pensance de son temps.

    Avraham était de toute évidence contre le politiquement correct, contre la pensée unique, contre la bien-pensance.

    Quelques années plus tard, Yaacov, est confronté au modèle parfait de la bien-pensance, Lavan. Lavan veut dire en hébreu « le blanc ». Lavan savait présenter ses idées et ses arguments de façon absolument irréprochable. Lorsqu’il a trompé Yaacov en lui donnant pour épouse Léa au lieu de Rahel, il a présenté les meilleurs arguments du monde[2]. « Yaacov ! Cela ne se fait pas de donner en mariage la cadette avant l’aînée. C’est quoi ta façon de penser ? Prends d’abord l’aînée et après tu prendras la cadette. » Que peut-on rétorquer à une si belle argumentation fondée sur la morale la plus élémentaire ? Pourtant, Lavan a été l’auteur d’une tromperie phénoménale. Le lecteur attentif des commentaires de la Torah sait combien cette inversion d’épouse a été à l’origine de toute les catastrophes du peuple juif (la dispute entre les frères et Yossef, le schisme…)[3].

    Penser plus blanc que blanc, présenter les choses de la façon la plus parfaite, n’empêche pas du tout les pires horreurs et les pires catastrophes, souvent bien au contraire. On sait très bien que la vitrine est toujours très belle. Mais ce qu’il y a dans le magasin est beaucoup moins flatteur. Qui est ce « Blanc » dans chacune de nos époques qui cache finalement les pires saletés et les pires arrière-pensées ?

    Arrêtons-nous également sur la fête de Pourim qui est le modèle de toute l’histoire humaine[4]. Nos Maîtres enseignent qu’après la Délivrance Finale, seule la fête de Pourim ne sera jamais annulée et que toutes les autres fêtes perdront de leur importance[5]. Le nom du livre de l’histoire de Pourim s’appelle Meguilat Esther, ce qui veut dire « Dévoiler ce qui est caché ». L’Histoire de Pourim est une invitation à rechercher les causes profondes de l’Histoire et à ne pas rester bloquer uniquement dans un déroulé visible des événements.

    Au-delà de l’histoire visible, Pourim est l’affrontement du peuple juif avec Amalek, cette idéologie du mal par excellence, qui est selon notre tradition, l’idéologie qu’Israël doit absolument détruire.

    La Torah nous invite à éviter à tout prix la bien-pensance et le confort qu’elle procure. Notre tradition nous invite à avoir toujours plusieurs avis sur tous les sujets de la vie. Le Talmud ne se présente pas comme un dogme unique et uniforme mais bien comme une pensée multiforme et aux multiples vérités. Notre tradition nous invite à entrevoir les forces cachées derrière l’histoire. Notre tradition nous avertit également qu’il y a des forces contraires dangereuses comme la force d’Amalek incarnée par Aman et Vashti dans l’histoire de Pourim. Ces forces n’hésitent pas à dénoncer le complot juif. Nous avons le devoir de combattre ces forces.

    Arrêtons donc de nous embrouiller l’esprit ! Ne craignons pas d’être des hébreux comme Avraham ! Ne craignons pas d’être des juifs comme Mordechai ou Esther qui savent décoder les événements de l’histoire et qui n’ont pas froid aux yeux pour agir ! Ne craignons pas d’être le peuple juif qui résiste à tous les Impérialismes. Ne craignons pas d’être le peuple juif qui résiste, avant toute chose, à l’impérialisme de la pensée !


    [1] D’après le Midrash Rabah, 38 – 13.

    [2] Berechit, Parachah Vayetse Chapitre 29.

    [3] Comme cela est précisé dans le récit la Hagadah du Seder de Pessah, le récit utilise la formule difficile à traduire :

    ולבן ביקש לעקור את הכל

    Lavan a voulu tout arracher, tout déraciner… Et le texte suggère qu’il a fait plus de Mal qua Pharaon au peuple Juif.

    [4] Comme déjà évoqué dans un précédent article intitulé Pourim, c’est du Sérieux ! Bien mieux que n’importe quel journal comprendre les enjeux de notre temps en rapprochant le nom Esther du mot Lehastir qui veut dire « cacher ».

    [5] D’après le Midrash Yalkout Chimouni תתקמ״ד:ב

    שכל המועדים עתידין ליבטל וימי הפורים אינן בטלים לעולם

    Disons plutôt que toutes les fêtes existeront après la délivrance finale, mais que la Lumière de la fête de Pourim sera nettement plus forte que celle de toutes les autres fêtes.

  • Pourim, c’est du sérieux ! Bien mieux que n’importe quel journal pour comprendre les enjeux de notre temps.

    Pourim, c’est du sérieux ! Bien mieux que n’importe quel journal pour comprendre les enjeux de notre temps.

    Pourim c’est la fête, les déguisements, les cadeaux, un peu d’alcool pour être joyeux… Pourim, c’est la légèreté, les crécelles qui sonnent, les pieds qui s’agitent lorsque l’on prononce Haman[1] à la lecture de la Meguila…

    Pourim c’est pourtant aussi le récit d’un plan génocidaire inédit. C’est aussi Israël qui se perd au milieu de l’exil. C’est aussi Israël qui fait face à un retournement de situation en sa défaveur. Les juifs passent de la gouvernance tolérante et clémente de Cyrus et Darius à celle d’Assuérus[2] qui abandonne la tradition tolérante de ses prédécesseurs.

    Le Rav Avraham Itshak Kook[3] a révélé qu’il faut écrire « HISTORIA » en hébreu avec un Tav, et non avec un Tet, comme on le fait généralement avec le son « T » des mots empruntés aux langues étrangères[4]. Car le mot « Histoire » vient du nom de l’héroïne de Pourim, ESTHER qui s’écrie avec Tav, et qui signifie « cacher » (LEHASTIR). Le Mot « Histoire » signifie que D. est complètement caché dans l’Histoire. Plus encore, le mot « Histoire » signifie qu’Hachem se cache et se voile dans l’Histoire. Comme on est à Pourim, on peut également dire qu’Hachem « se déguise » dans l’Histoire. Etudie les mouvements profonds et cachés de l’Histoire, et alors tu y découvriras Hachem.

    Meguilat Esther, le récit d’Esther, ce rouleau que l’on lit assidûment pendant la fête de Pourim, une fois la nuit et une fois le jour, contient dans son nom le message le plus puissant de Pourim. Meguilat Esther veut dire « la découverte de ce qui est caché »[5]. La Meguilat Esther est un texte prodigieux qui donne le ton de toute l’Histoire qui va se dérouler depuis lors et jusqu’à nos jours, et bien après encore. L’Histoire humaine va se dérouler comme si D. n’existait pas. Et la Meguilat Esther est finalement cette clé extraordinaire qui permet de découvrir D. qui est totalement voilé dans l’Histoire.

    On néglige hélas l’étude de ce texte avec ses commentaires[6]. Cette étude est pourtant passionnante car l’œil qui sait lire entre les lignes de nos commentaires, permet de décoder dans la Meguila beaucoup de phénomènes de notre temps. Si bien que la célèbre phrase de Manitou[7] résonne encore plus à nos oreilles : « Quand on lit la Bible on a l’impression de lire le journal et quand on lit le journal on a l’impression de lire la Bible ».

    Nous avons ici essayé de retenir seulement quelques petites gouttes des enseignements de la Méguilat Esther. Quelques petites gouttes qui résonnent tellement fort au regard de l’Histoire ancienne et récente du peuple Juif. Quelques petites gouttes qui résonnent tellement fort au regard de notre Actualité et des enjeux de notre temps.

    Heureux comme un Juif Allemand dans les années 1920 ! Les Juifs étaient libres, émancipés. Ils étaient devenus de grands médecins appréciés de tous. Berlin foisonnait d’avocats juifs. Et pourtant en 1933, tout se retournait contre les Juifs les plus heureux du monde.

    Heureux comme un Juif en Perse il y a 2500 ans ! Cyrus, le Perse, avait renversé le Royaume de Babylone, royaume dans lequel le peuple juif avait été exilé par Nabuchodonosor. Cyrus et son successeur Darius, les deux premiers rois Perse ont été tolérants et bons pour le peuple Juif. Beaucoup ont déménagé à Suze, la capitale de l’Empire Perse, pour sans doute y faire des affaires et devenir des notables appréciés. Beaucoup de nos ancêtres de l’époque ont pu découvrir, pour la première fois, qu’il existait un exil confortable et même appréciable. Il a suffi qu’un nouveau roi arrive, Assuérus, pour que tout soit remis en cause. En quelques années, la situation s’est totalement retournée.

    Aujourd’hui, heureux comme un Juif en Amérique ! Faut-il raconter la suite de l’Histoire ? Les Etats-Unis ne sont plus du tout préservés de l’antisémitisme depuis déjà de nombreuses années. Les actes antisémites sont en forte augmentation, comme le démontre le dernier rapport de l’Agence Juive et de l’Organisation Sioniste Mondiale paru le 27 janvier 2022[8]. Aux Etats Unis, les agressions antisémites sont plus souvent physiques que verbales, comparativement aux autres pays dans le monde. L’antisémitisme a encore considérablement augmenté sur les campus universitaires. Cela a été particulièrement criant au moment de la guerre avec Gaza en mai 2021.

    Quelle folie d’oublier Jérusalem ! Quelle folie de négliger la reconstruction du Temple ! Quelle folie de laisser humilier la Royauté d’Israël ! Cyrus et Darius ont encouragé et financé le retour des Juifs à Jérusalem. Cyrus a encouragé et a aidé les Juifs pour rebâtir le Beit Hamikdsah[9]. Or, une poignée de Juifs seulement a suivi l’initiative du prophète Ezra et Zeroubavel. La majorité du peuple Juif a voulu rester confortablement en Diaspora. Vashti, en tant que petite fille de Nabuchodonosor, le destructeur du premier Temple, avait demandé à son mari, Assuérus, de faire un nouveau décret interdisant la reconstruction du Temple[10]. Quand les Juifs en ont eu la possibilité, ils ne se sont pas précipités… Et après, c’était trop tard…

    Quelle folie d’assister passivement à l’humiliation de la Royauté d’Israël et de Shlomo, lorsque Assuérus s’est assis sur ce faux trône qu’il voulait ressemblant à celui de Shlomo Hamelech[11] ! Même si personne n’était dupe sur cette imitation grossière. Quelle folie l’attitude de ces juifs de cour, qui osaient voir utiliser les ustensiles du Temple pour le banquet d’Assuérus ! Ils acceptaient l’humiliation et refusaient de défendre la centralité de Jérusalem et de son Temple. Ils ne se rendaient pas compte qu’ils abdiquaient devant la mission d’Israël.

    Toute ressemblance avec la réalité de notre époque sur le monde Juif de la Diaspora serait un pur hasard ! Encore la moitié de notre peuple s’attarde en exil[12]. Combien de juifs de Diaspora aspirent-ils encore à une vie bien confortable au milieu des Nations ? Combien de juifs de Diaspora se plaisent-ils à donner de leur force de travail et de leur intelligence aux Nations plutôt que de venir renforcer Israël ? Combien de juifs de Diaspora se plaisent-ils et se complaisent-ils à côtoyer les instances du Pouvoir des Nations, auprès de Présidents, Ministres, Maires, Adjoints aux Maires… ?  Combien sont-ils à se complaire de toutes les amabilités et de tous les honneurs, au lieu de penser à Jérusalem et son Temple qui n’attendent plus qu’eux ?

    Toute ressemblance avec la réalité de notre époque sur ce qui se passe en Israël ne serait que fortuite. Combien d’Israéliens ne rêvent-ils que d’une chose, partir à l’étranger ? Combien d’Israéliens ont-ils déjà quitté Israël pour aller faire des affaires à New York, à Berlin ou à Dubaï ? Mais jusqu’où s’est perdu le peuple Juif qui oublie Jérusalem et son Temple ? Pourquoi nos dirigeants aiment-ils tant côtoyer « les grands de ce monde » ? Pourquoi nos dirigeants aiment-ils tant faire des compromis pour se faire bien voir des Nations plutôt que de penser à Jérusalem et à reconstruire le Temple ?

    A l’époque de Pourim, les Juifs avaient encore des excuses. C’était la première fois en tant que Peuple qu’Israël était toléré parmi les Nations. C’était la première fois que les Juifs avaient la possibilité par eux-mêmes de revenir en Israël et de reconstruire le Temple.

    Mais aujourd’hui, quelles excuses ? Nous avons la Meguilat Esther et les enseignements de nos Maîtres. Nous avons également 2500 ans d’Histoire qui confirme et reconfirme à chaque fois les lois de l’Histoire révélées dans la Meguila.

    La fête de Pourim ne peut pas nous le crier plus fort. Réveillons-nous ! Réveillons-nous au son des crécelles ! Pensons à Jérusalem, à la Malkhout d’Hachem[13] qui est encore humiliée ! Revenons en Israël et construisons une Société Israélienne faite de justice sociale et de fraternité ! Revenons en Israël et reconstruisons enfin la Maison d’Hachem !

    Des membres d’une équipe d’intervention d’urgence juive orthodoxe travaillent aux côtés de la police sur les lieux d’une fusillade dans un supermarché casher à Jersey City, N.J., le 11 décembre 2019. Bryan Anselm / New York Times via le fichier Redux

    [1] Haman, le descendant du roi du peuple ennemi d’Israël, Amalek, qui a mis en place le premier décret d’extermination de tout le peuple Juif.

    [2] Assuérus, le Roi de Perse, personnage de la Meguilat Esther, qui dominait le monde de l’Inde à l’Afrique, sur 127 pays.

    [3] Rav Avraham Itshak Kook, le premier Grand Rabbin du Foyer Juif en début du XXème siècle, et Grand Maître de la Torah de l’époque récente.

    [4] הסתוריה avec un ת et non הסטוריה avec un ט comme on l’écrit d’ailleurs aujourd’hui en hébreu

    [5] Le mot Meguila, vient du verbe en hébreu « LEGALOT » qui veut dire « découvrir ».

    [6] Le Targoum, présent dans les éditions Mikreot Guedolot des Ketouvim, est beaucoup plus qu’une traduction en araméen. Il s’agit d’un commentaire écrit il y a 2000 ans par Yonathan Ben Ouziel, disciple d’Hillel Hazaken, et qui constitue un commentaire central de la Meguilat Esther.

    [7] Manitou ou Rav Léon Ashkénasi, Grand Maître de la Torah Franco-Israélien du XXème siècle.

    [8] https://www.gov.il/en/departments/general/report_anti240121https://www.gov.il/en/departments/general/report_anti240121

    [9] Le Temple. Ici il s’agit de la Construction du 2ème Temple après la destruction du premier par Nabuchodonosor.

    [10] Révélé par les premières lignes du Targoum présent dans l’édition Mikreot Guedolot des Ketouvim.

    [11] Révélé par les premières lignes du Targoum présent dans l’édition Mikreot Guedolot des Ketouvim. Shlomo Hamelech, en français le Roi Salomon.

    [12] Bien sûr ici, il ne s’agit pas de parler des centaines de milliers de juifs dans le monde qui ont une profonde envie de venir en Israël mais qui n’ont pas les moyens de le faire. Même si la Alya est techniquement possible depuis la création de l’Etat d’Israël, il est clair que la Alya s’accompagne souvent d’épreuves et de difficultés. Si seulement ces quelques lignes pouvaient contribuer à donner à un seul juif les forces de venir rejoindre sa Terre…

    [13] La Royauté de D., ou plus précisément la perception par les hommes que D. dirige concrètement et réellement le monde.

  • La Lettre et l’Esprit, l’Esprit et le Corps : arrêtez de vous fuir l’un l’autre !

    La Lettre et l’Esprit, l’Esprit et le Corps : arrêtez de vous fuir l’un l’autre !

    Et dire que le problème du monde réside dans une partie de cache-cache entre l’Esprit et la Lettre !

    Certains ont voulu une religion de l’Esprit qui se détache de la Lettre. L’aboutissement en est notre époque, incarnée par le monde occidental, qui sépare comme jamais, le spirituel et le matériel. On accepte le religieux à l’Eglise, à la Synagogue, à la Mosquée. Mais la Spiritualité ne doit surtout pas rentrer dans notre monde réel, dans la rue et dans les affaires. L’Esprit n’a rien à faire au travail, en politique, dans les institutions de Justice. Sois Juif à la Synagogue et ne nous embête pas avec tes Lois dans la vie de tous les jours !

    D’autres incarnent aujourd’hui la religion qui s’enferme dans la Lettre, cette religion de la rigueur et de la soumission à la règle.

    La Torah est cette sagesse qui unit la Lettre et l’Esprit.

    Mais hélas, nous n’avons que les deuxièmes Tables de l’Alliance. Les premières Tables nous ont échappé à quelques heures près.

    Le Baal Hatourim, Maître de Génie d’Israël, ayant vécu à l’époque du sombre Moyen Age, sans ordinateur ni internet, fait remarquer l’harmonie absolument parfaite des 10 Commandements, inscrits sur les Premières Tables, composés de 172 mots et de 620 lettres[1].

    Les 620 lettres des Dix Commandements font allusion à toute la Torah, à ses 613 Mitsvot données à Israël et aux 7 Lois données aux enfants de Noah. Les 620 lettres font en même temps allusion à l’attribut divin le plus élevé, le plus spirituel, le Keter. L’étude et la pratique à la Lettre près de la Torah sont seules capables de nous faire atteindre le Keter, L’Esprit. Dans le détail de chaque Lettre se cache le secret de l’Esprit.

    Les 172 mots font allusion au talon, EKEV[2], avec sa valeur numérique 172. Le Talon correspond à la partie la plus basse du corps, celle qui est en contact avec la terre, celle qui est finalement la plus éloignée du cerveau et de l’Esprit. Eh bien, encore une fois, la sagesse éternelle des Dix Commandements nous invite à passer par le Corps, et même par sa partie la plus basse, pour être capable d’arriver à l’Esprit… Passer par la matière et par le corps est une condition sine qua non pour arriver à l’Esprit et au Machiah, selon la formule célèbre, Ikvata Demechikha, « les Talons du Messie ».

    Mais hélas, les premières tables ont été brisées ! A quelques heures près, nous avons commis la faute du veau d’or. Les Lettres se sont alors envolées. Et depuis lors, sans ces précieuses Lettres, il n’y a plus réellement de possibilité d’atteindre l’Esprit. L’Humanité est repartie pour des millénaires de recherche et de travail.

    Si nous avions pu attendre quelques heures de plus… La faute du veau d’or s’est finalement jouée à très peu de choses… Car en 2022, comme il y a 3500 ans, nous sommes encore en train de commettre la faute du veau d’or. Cette faute est beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît.

    Les Enfants d’Israël réclamaient Yossef, dont le symbole est le Taureau, représentant la force économique et matérielle d’Israël. Ils ont jeté la plaque sur-laquelle était marquée « Monte Taureau »[3]. Ils n’ont fait que reproduire le geste de Moshé qui avait jeté cette plaque dans le Nil, pour récupérer les ossements de Yossef.

    Aharon et les Leviim, habituellement si prompts à lever l’épée contre les ennemis de Moshé, n’ont pas décelé dans la faute du veau d’or, sur le moment, la plus grande faute de tous les temps. Comme le montre le Ramban[4], la faute du veau d’or n’est pas une faute grossière d’idolâtrie.

    Notre époque, qui ne ressent plus du tout la tentation de l’idolâtrie, correspond paradoxalement parfaitement à la faute du veau d’or.

    Le veau, c’est le petit taureau, symbole de la puissance économique et matérielle à l’époque de l’Antiquité. La force économique passe essentiellement par l’agriculture, et l’agriculture passe par son outil principal, le taureau, la force qui permet de labourer les champs.

    Aujourd’hui, Israël est le pays connu dans le monde entier, pour sa High Tech, sa puissance économique et militaire. Est mis en exergue cette image de Start-up Nation, petite Nation montante… Dans notre réflexion, l’analogie est criante. La Start-Up Nation du XXIème siècle correspond au veau d’or d’il y a 3500 ans.

    Mais quel mal y-a-t-il à être une puissance économique, militaire et politique montante ? Aucun mal en soit. Yossef est le sixième des sept personnages majeurs qui constituent le socle de notre Tradition[5]. Il n’y a aucun mal à vouloir la force de Yossef, la force du taureau, et à atteindre la force matérielle. Il s’agit même d’une étape indispensable dans le processus de construction d’Israël. Il faut construire le corps, avant d’y mettre l’Esprit. Il y a bien l’étape Machiah Ben Yossef, avant l’étape Machiah Ben David.

    Le problème, en revanche, est de diviniser la force de Yossef, tellement tentante, tellement brillante, comme l’or du veau. Le problème est de rester coincer dans le Corps, et de refuser d’y faire rentrer l’Esprit. Aujourd’hui, en Israël, nous refusons encore de faire rentrer l’Esprit dans la Lettre.

    Nous restons tous coincés dans la Lettre. Les laïcs prônent un Etat sans âme et ne rêvent que d’un Etat vide de spiritualité. Les religieux prônent une Torah de la Lettre, et une grande partie du monde de la Torah refuse l’étude du sens et de l’Esprit, qui permet de trouver le sens profond caché dans la Lettre. Les uns ne rêvent que de ce qui brille, l’argent et les voyages. Les autres restent trop souvent bloqués dans la Lettre et en oublient d’y chercher le sens. Mais cela revient au même. Il y a des blocages au niveau de la Lettre. Et quand les uns et les autres parlent d’Esprit, c’est toujours pour le garder bien à distance de la Lettre.

    Bref, le monde d’aujourd’hui est complètement enfermé dans la faute du veau d’or ! Et on a beau crier au scandale de la faute du veau d’or commise par nos ancêtres il y a 3500 ans, on ne se rend même pas compte qu’on est encore empêtré dans la même galère.

    Alors, revenons à la situation idéale du monde, décrite juste avant la faute du Veau d’Or, dans le récit de la Parachah de Ki Tissa. Comme pour Adam qui a fauté juste avant d’atteindre le Chabat, le peuple d’Israël a en quelque sorte fauté juste avant d’atteindre le Chabat. Comme pour nous dire, que le problème réside dans l’appréhension véritable de ce qu’est le Chabat, et plus particulièrement dans le Chabat tel qu’il est expliqué juste avant la faute. Il est trop long et fastidieux ici de comparer le récit de la Création avec le récit de la construction du Michkan et de ses ustensiles. Mais le schéma du récit est le même :

    • Phase 1 : Création du Monde / du Michkan
    • Phase 2 : Chabat
    • Phase 3 : Faute d’Adam / du veau d’or

    Le Chabat qui fait suite à la Construction du Michkan et qui précède la faute du veau d’or, est ce texte que nous connaissons tous par cœur et que nous récitons pour le kiddouch[6] du Chabat matin « Vechamerou Benei Israel et Hachabat… »[7]. Ce passage se termine par le verset : « Entre Moi et les Enfants d’Israël, c’est une LETTRE pour toujours, car en six jours Hachem a fait les cieux et la terre, et le septième jour, Il est revenu à l’origine, Il est revenu à l’ESPRIT ».

    Dans ce passage, le Chabat est appelé « OT », qui veut dire « Lettre », « Signe » car les Lettres sont en effet des signes et des formes bien définies. A la fin des deux versets, le mot Vaynafash est classiquement traduit par « Il s’est reposé ». Mais une lecture plus profonde met en évidence la racine « Nefesh » qui veut dire l’âme, qui veut dire l’Esprit.

    Afin d’arriver à l’Esprit du Chabat, ne croyez surtout pas que le Chabat n’est qu’une notion spirituelle qui doit rester dans le monde de l’Esprit. Le Chabat doit avant tout être gardé à la Lettre. C’est seulement en passant par les innombrables lois du Chabat que l’on suivra à la Lettre, qu’on pourra parvenir à l’Esprit, à l’âme, au Nefesh. Sans la Lettre, l’Esprit s’envole et ne tient pas.

    Lorsque nous pourrons mettre de l’Esprit dans toutes les actions concrètes de nos vies, et lorsque nous arriverons à faire descendre dans la Lettre toutes nos plus belles vues de l’Esprit, nous serons alors dignes du message du Chabat, nous serons alors dignes de recevoir la Torah de Tsion, la Torah des premières Tables brisées.


    [1] Commentaire du Baal Hatourim dans Chemot, Parachah Ytro, Chapitre 20, verset 13.

    [2] Au passage, je vous invite à lire mes articles sur mon blog à l’adresse www.ekev.net. J’ai voulu donner le nom de Ekev à mon blog pour ce que représente ce mot : le spirituel le plus élevé est enfermé dans la matière.

    [3] Selon l’explication issue du Midrach et reprise par Rachi sur le verset 4 du chapitre 32 du livre de Chemot, dans la Parachah Ki Tissa.

    [4] Commentaire du Ramban, Nahmanide, sur la Torah, Chemot, Chapitre 32, dans la Parachah Ki Tissa.

    [5] Les 7 Oushpizin, les 7 Invités de la Soukah, qui représentent les 7 attributs divins du bas, le 6ème étant le Yessod associé à Yossef, et le 7ème étant David, associé à la Malkhout.

    [6] Sanctification du Chabat que l’on effectue sur une coupe de vin

    [7] Versets 16 et 17 du chapitre 31 du livre de Chemot, Parachah de Ki Tissa. Ces deux versets sont également lus durant la Amida (l’apogée de la prière) du Chabat matin, et avant la Amida du vendredi soir.

  • Soyons fou ! Avoir envie du plus grand projet de tous les temps : construire la maison d’Hachem – Parachah Teroumah

    Soyons fou ! Avoir envie du plus grand projet de tous les temps : construire la maison d’Hachem – Parachah Teroumah

    Il ne faut pas avoir peur d’être pris pour un fou. Celui qui veut être soi-même, celui qui veut être en accord avec ses aspirations profondes, est souvent pris pour un fou, pour un marginal que l’on mettra au ban de la société. Quelle est la pire chose qui puisse arriver à un adolescent au milieu de ses amis ? Etre pris pour quelqu’un de différent, de bizarre, de fou, ne correspondant pas à la norme. La pression sociale s’exerçant, le jeune se résigne, se conforme à l’ambiance générale, et aspire finalement à devenir comme tout le monde.

    L’Etat d’Israël moderne correspond parfaitement à cet adolescent peu à l’aise avec ses aspirations singulières. Le Pouvoir politique n’a pas le courage d’affirmer au monde que nous sommes différents des autres nations, que nous avons une identité particulière et des aspirations particulières. Plus globalement, la société Israélienne n’a pas ce courage d’aller chercher au plus profond d’elle-même sa vocation véritable. Nous voulons, comme tout le monde, avoir un pays qui remplit nos réfrigérateurs, et qui nous permet d’avoir nos vacances à l’étranger… et pour le reste, franchement, cela ne nous intéresse pas.

    Au début de la Parachah Teroumah, première Parachah qui parle du Michkan, de la maison d’Hachem, le premier matériau à être mis en avant dans la construction[1] est ce fameux bois de Chitim, le bois des fous si l’on traduit correctement en Français. Cette allusion est édifiante comme si Hachem voulait nous dire : « Quand tu vas vouloir commencer à créer ma maison, sache que l’on te prendra pour le plus grand des fous. Mais n’aie pas peur. C’est comme cela que je veux que cela se passe. Il faut commencer la construction par un grain de folie, car ce projet est si révolutionnaire et paraîtra si incongru dans le monde, que sans cette folie, tu n’y arriveras jamais… »

    Aujourd’hui, en 2022, si je faisais un micro-trottoir dans les rues d’Israël et je posais la question, « souhaitez-vous qu’Israël reconstruise le troisième Temple ? », tout le monde me prendrait pour un fou. J’ai d’ailleurs fait l’expérience sur quelques personnes que j’ai croisées ces derniers temps. Et elles m’ont en effet bien rigolé à la figure.

    Certains disent : « Vous voulez que les arabes nous massacrent ? Vous voulez déclencher une révolte du monde Musulman ? Vous voulez des condamnations du monde entier ? Vous voulez une troisième guerre mondiale ? De toute façon, ce n’est pas possible. Le Mont du Temple n’est pas à nous. Et comment voulez-vous détruire les mosquées qui s’y trouvent ? Nous voulons être un pays comme tout le monde, laissez-nous tranquille avec ces absurdités. Jérusalem est la ville des trois religions et n’appartient pas qu’aux Juifs. »

    D’autres rétorquent : « Mais cela ne va pas mon frère ! Le troisième Temple descendra du ciel selon la vision de nos prophètes. Il ne faut surtout pas se mêler de ce sujet. D’ailleurs, comment voudrais-tu t’y prendre ? Il y a énormément de problèmes Halachiques[2]. ».

    Bref, ni le monde laïc, ni le monde religieux n’a l’air emballé… Et on se retrouve en 2022, avec seulement une poignée d’individus qui pensent sincèrement que la Maison d’Hachem n’est pas seulement un sujet de Parachat Hachavouah ou de cours de Religion, n’est pas seulement l’objet du jeûne de Ticha Beav, mais bien un élément fondamental de ce que devrait être l’aspiration profonde de tout le peuple d’Israël.

    On dénombre entre quinze et vingt associations en faveur de la construction du troisième Temple. L’association la plus connue est le Machon Hamikdash[3], fondée et dirigée par le rav Israël Ariel, qui a préparé tous les ustensiles pour le Temple, et qui s’est préparé à la construction du troisième Temple. Mais malgré tout, ces associations sont isolées. Ce projet n’est bien évidemment jamais un sujet de débat à la Knesset et l’idée d’introduire ce sujet de façon sérieuse dans le débat politique n’est absolument pas envisageable aujourd’hui.

    Et pourtant ! la construction du troisième Temple a été au cœur de toutes nos espérances depuis la destruction du deuxième il y a 2000 ans. Toutes nos prières rappellent notre souhait intérieur de reconstruire Jérusalem et son Temple. Tout le monde clame le soir du Seder « L’an prochain à Jérusalem reconstruite », c’est-à-dire avec son Temple… Comment n’arrive-t-on pas à accorder notre espérance profonde et millénaire avec la réalité concrète de nos aspirations terrestres de 2022 ?

    La réponse est finalement assez simple. Il faut que des gens, qui seront d’abord pris pour des fous, commencent à parler de ce sujet, à l’évoquer, à faire des livres, à diffuser ces idées dans les médias pour qu’elles puissent trouver au final un écho populaire.

    Le premier problème, le plus important de tous, est le regard du monde de la Torah sur ce sujet. Il y a globalement trois avis majeurs qui se dégagent pour la construction du troisième Temple[4] :

    • Le premier avis ressort du Talmud de Babylone[5], et est exprimé par Rachi et Tossefot qui disent que le troisième Temple descendra du ciel.
    • Le deuxième avis est issu de Maïmonide, le Rambam[6] qui dit que le troisième Temple sera reconstruit par le Machiah lui-même.
    • Le troisième avis est issu du Talmud de Jérusalem[7] qui dit que le troisième Temple sera reconstruit avant la Royauté de David, c’est-à-dire avant l’arrivée du Machiah.

    Mais comment fait-on pour s’y retrouver ? Il faut savoir que tous les avis des Grands Maîtres de la Torah ne sont en général pas contradictoires. Chaque avis représente une facette différente d’un même problème. Chaque maître se situe dans un certain angle de vision. « Elou veelou Divrei Elokim Haïm »[8].

    Il est ainsi possible de réconcilier tous les avis. Le peuple d’Israël doit commencer à construire le Temple avant l’arrivée du Machiah. Le Machiah finira le travail, et à ce titre, s’appellera le constructeur du Beit Hamikdash, car celui qui finit une Mitsvah est le porteur de la Mitsvah. Le Machiah sera d’ailleurs le seul à connaître les dernières lois qui permettront de mettre en service le troisième Temple. Et enfin, en l’espace d’une nuit, Hachem fera descendre du ciel la Chehina, la Présence Divine, et le Temple sera finalement entièrement reconstruit.

    Les différentes étapes ici correspondent à un schéma fondamental de tout accomplissement dans la vie. L’Homme n’obtient rien gratuitement et sans effort. Si l’on souhaite quelque chose, il faut d’abord s’investir et agir. C’est ce qu’on appelle en hébreu la « Hichtadlout ». Peu importe si on n’arrive pas au but que l’on s’est fixé, mais il faut commencer l’action. La réussite de l’action et sa finalisation ne dépend jamais de soi. Elle dépend de forces qui nous dépassent. Elle dépend d’Hachem. Eh bien, pour le troisième Temple, il faudra que ce schéma habituel s’accomplisse. Et il est erroné de dire que le troisième Temple correspondra à un miracle surnaturel, sans investissement de la part du peuple Juif.

    Il faut le vouloir de tout son cœur. Il faut le désirer. C’est ce que dit explicitement ce magnifique passage du Ramban[9]. Les enfants d’Israël auraient dû vouloir reconstruire la Maison d’Hachem à peine entré en Eretz Israël, du temps des Juges. Il a hélas fallu attendre la volonté de David, mais Shaoul aurait déjà pu le construire. Et même David aurait pu le construire lui-même si les Tribus d’Israël le désiraient profondément. Le Ramban révèle de façon magistrale et limpide son avis. Le Beit Hamikdash doit avant tout être désiré profondément par toutes les tribus d’Israël. En langage moderne, le troisième Temple doit avant tout être désiré par toutes les tendances du peuple Juif.

    La sortie de l’exil du monde ne passera que par la reconstruction du troisième Temple. Tant que cette connexion entre le monde d’en haut et le monde d’en bas n’est pas rétablie, il ne pourra pas y avoir de paix dans le monde.

    Alors soyons fou et inversons totalement notre façon de voir les choses. En entreprenant de tout notre cœur le projet de reconstruire le Temple, en l’érigeant comme un projet national salvateur pour le monde, au lieu de récolter ce que tout le monde craint aujourd’hui, une troisième guerre mondiale, nous récolterons tout le contraire, la paix dans le monde. Pour en finir avec la haine gratuite qui fulmine au sein du peuple juif en Israël, il faut avoir une idée commune, un projet commun, qui est l’idée de la construction du Temple lui-même. Quand le monde entier verra qu’Israël retrouve son unité derrière le projet du Temple, qu’Israël retrouve son identité, sa force et sa splendeur, le fondement même des fausses croyances Musulmanes et Chrétiennes tomberont. Alors, nous rentrerons dans un monde avec Israël, avec soixante-dix Nations qui auront chacune leur identité. Et Jérusalem, la ville de la paix, irriguera de lumière le monde entier.

    Commençons… Seulement commençons à faire des choses avec ce bois des fous[10], et nous verrons que nous arriverons, petit à petit, à faire avancer le Grand Projet de notre Temps.


    [1] Chemot, Chapitre 25, verset 10 « et vous ferez une arche avec le bois de Chitim »

    [2] Loi Juive

    [3] Institut du Temple

    [4] Mise en perspective de très nombreuses sources réalisée par David Sadoun, Homme de Torah et engagé en politique, dans le cadre de l’une de ses conférences données en décembre 2021. Voir la chaîne Youtube de David Sadoun.

    [5]Traité de Souccah Page 41a.

    [6] Michné Torah, Halachot Melachim, Chapitre 11

    [7] Talmud de Jérusalem, Traité Maasser Cheni, Chapitre 5, Beit.

    [8] « Ces avis et ces autres avis sont des paroles de D. Vivant »

    [9] Bamidbar, Parachah Korah, Chapitre 16, sur le verset 21.

    [10] Atsei Chitim en hébreu, pour reprendre les propos du début de l’article.

  • L’attachement de plus en plus fort d’hommes et de femmes du monde à la Torah et à Israël – Parachah Ytro

    Antisémitisme, antisionisme, la mise à l’écart d’Israël par les Nations, les votes de l’ONU qui nient le caractère juif du Mont du Temple, et tant d’autres choses… A côté de ce fracas anti-Israël tellement bien connu de tous, on observe des phénomènes plus subtils. On voit devant nos yeux ébahis un élan vers la Torah et vers le peuple Juif. Des centaines de milliers, voire de millions d’hommes et de femmes dans le monde, des gens sincères en quête de vérité et d’authenticité, s’accrochent de plus en plus à Israël et à la Torah enseignée par les Maîtres d’Israël.

    Eliminons tout de suite le sujet des conversions qui est un sujet bien distinct. La Torah nous révèle en effet qu’il y a soixante-dix Nations et qu’Israël est le soixante et onzième peuple. La paix dans le monde ne passera pas sans le respect des différences entre les Nations et les cultures. Hachem veut d’un monde avec soixante-dix Nations bien définies, à leurs bonnes places. Hachem ne veut pas l’uniformisation du monde, mais veut un monde d’Unité qui ne peut se réaliser que parce qu’il y a des différences.

    C’est pourquoi le rapprochement entre les Nations et Israël ne passe surtout pas par le mélange, les conversions et le prosélytisme. Les Chrétiens et les Musulmans ont voulu et veulent encore convertir le monde entier à leur vision uniforme du monde. Ces deux religions ont déjà démontré, pour tous les observateurs honnêtes, en quoi le prosélytisme et la recherche de l’uniformisation constituent une voie mensongère et criminelle pour l’humanité.

    Quel est la voix juive de l’Universel ? La voie qui n’a pas encore vraiment été explorée. La voie qui respecte chaque individu dans sa culture et sa spécificité, mais qui permet à chaque homme de se rattacher en même temps au Maître du Monde qui est Un.

    Eh bien peut-être que cette voie commence à être empruntée à notre époque dans la réalité des choses.

    Ytro et Moshé : le micro avant le macro

    La Parachah du don de la Torah aurait dû s’appeler Moshé, notre leader extraordinaire. Elle porte le nom d’Ytro, un Goy, grand prêtre idolâtre[1].

    Mais que veut nous dire le Maître du Monde par cette provocation ? Quel est le sens de la Punchline ô combien réussie du début de la Parachah ? « Sans Ytro, point de Don de la Torah »

    Ytro reçoit tous les honneurs de Moshé et du peuple d’Israël. Ytro se hisse à un niveau très élevé de la connaissance d’Hachem[2], le nom imprononçable formé des 4 lettres, tout comme Moshé et les Bnei Israël l’ont connu au moment de la sortie d’Egypte. Ytro a selon notre tradition rejoint le peuple juif et s’est converti, mais une partie de ses descendants est restée en dehors d’Israël et est restée Nation.

    Le Zohar explique que le Don de la Torah n’aurait pas pu se faire sans l’arrivée d’Ytro. La Torah a été donnée à Israël mais il fallait que l’ajout des Nations se fasse pour permettre la descente sur terre de ce merveilleux cadeau. Au moment crucial pour l’humanité du Don de la Torah, il fallait que le couple Israël – Nations se forme pour la première fois, à un niveau micro entre deux individus Moshé et Ytro.

    Le Ari Hakadosh va même encore plus loin en révélant que Ytro est le Guilgoul[3] de Caïn et que Moshé est le Guilgoul de Havel. Pour que la Torah puisse descendre sur terre, Il fallait cette réconciliation totale entre les deux premiers frères de l’Humanité. Par l’intermédiaire de Ytro, Caïn a fait Techouvah du meurtre de Havel. En donnant Tsipora à Moshé, Ytro rend la sœur de Havel que Caïn avait volé.

    La Torah est descendue sur terre pour que le peuple d’Israël l’accomplisse et la vive, mais aussi pour le bien de toute l’humanité. Le « AM SEGOULA » est « ce peuple trésor »[4] qui va pouvoir jouer le rôle d’éclairer les Nations[5].

    Le mouvement des Bnei Noah, des Bnei Adam vers la Torah

    A notre époque, on s’aperçoit que de plus en plus d’hommes et de femmes ont soif de Torah et des enseignements des maîtres d’Israël. Pendant des millénaires, les juifs ont vécu replié sur eux pour préserver leur vie ou leur identité face aux différentes menaces de persécutions ou d’assimilation. Ils n’ont ainsi pas pu remplir un des commandements énoncés par Maïmonide de faire connaître et d’enseigner les sept lois de Noah aux Nations. Pendant des millénaires, les hommes et les femmes des Nations n’avaient pas accès aux enseignements de la Torah reçue au Mont Sinaï.

    7 Lois de Noah
    Obligation d’instituer des tribunaux
    Interdiction de blasphémer
    Interdiction de l’idolâtrie
    Interdiction du meurtre
    Interdiction des unions immorales
    Interdiction du vol
    Interdiction de consommer la chair d’un animal vivant

    Il faut dire que la plupart des juifs ne connaissent rien à cette nouvelle réalité. Les juifs se sentent même désarçonnés quand ils commencent à observer que des non juifs, qui ne veulent pourtant pas se convertir, étudient assidûment la Torah et les commentaires de la tradition juive. Comment ne pas être estomaqué lorsqu’on entend que des non juifs maîtrisent les textes de notre tradition, les commentaires de Rachi, de Maimonide, et du Ari Hakadosh ?

    Le Rav Elie Benamozegh, au XIXème siècle, a remis au goût du jour, dans son livre Israël et l’humanité, la position juive déjà établie dans le Talmud[6] selon laquelle les hommes et les femmes des Nations sont soumises aux sept lois de Noah et qu’Israël a un rôle pour transmettre les messages intérieurs de la Torah aux Nations. De nombreuses personnes, hommes des Nations, comme Aimé Pallière en France, ou encore le célèbre Vendyl Jones, archéologue Texan, qui a sans doute inspiré les films Indiana Jones, ont été des précurseurs de ce mouvement des Bnei Noah.

    Le Rabbi de Lubavitch lui-même, il y a trente-cinq ans, a donné un nouvel élan à ce mouvement en encourageant explicitement de répandre le message de l’observance des lois Noahides aux Nations en reprenant la décision Halachique du Rambam. Il dit que les temps modernes sont désormais propices à la reprise de cette Mitsvah.

    Aujourd’hui, le Rav Cherki, à la tête d’une organisation mondiale de Bnei Noah, est actif sur ce sujet, en associant les Rabbanim les plus officiels en Israël.

    Il existe dans le monde entier, et même dans le monde francophone depuis relativement peu de temps, des Beit Din de Bnei Noah. Des hommes et des femmes des Nations passent devant trois Rabbanim et s’engagent de façon solennelle à s’attacher à la Torah et au Maître du Monde. Ils adhèrent alors aux sept lois de Noah. Le Rav Haïm Mellul, Chaliah Habad à Créteil fait partie d’un Beth Din de Bnei Noah, au côté du Rav Raphaël Pinto et du Rav Nissenbaum. Pour lui, « c’est la reprise d’une pratique qui existait à l’époque du Beit Hamikdash, et c’est un signe fort des temps messianiques ». « Les profils de Bnei Noah sont variés, mais ils ont globalement tous un amour de l’étude de la Torah et parfois des connaissances impressionnantes. »

    Tsipora Hodaya Antonietti, depuis Jerusalem, est une femme extraordinaire qui a créée depuis 2016 la Fédération Noahide Francophone. Elle aide dans les parcours des hommes et des femmes de plus en plus nombreux en quête de sens. Elle les aide à s’accrocher aux discours des maîtres d’Israël qui leur permettent d’avoir des réponses authentiques à leurs questions. Elle organise des séminaires, des cérémonies devant les Beit Din (dont certains ont eu lieu sur Zoom), et des cours hebdomadaires sur Zoom. Elle est très active sur facebook et y sélectionne des cours de Rabbanim qu’elle transmet aux Bnei Noah. Elle tente de mettre également en place une démarche auprès des Communautés Juives organisées en France pour les sensibiliser à ce sujet. Elle essaie de faire en sorte que ces Communautés soient capables d’accueillir et de bien réagir face à des demandes de non juifs qui souhaitent s’approcher d’Israël et de la Torah.

    Nicolas, jeune père de famille, qui se sent très proche de la Torah et ressent très profondément le message authentique des maîtres d’Israël avoue avoir vécu dans « le mensonge de l’Empire Romain Germanique » jusqu’à ce qu’il ait commencé à trouver sur Internet des vidéos de Rabbanim qui enseignaient la Torah d’Israël. Aujourd’hui, il étude les textes de Torah, notamment le Tanya avec sa femme avec qui il partage ce désir d’être proche de la Torah et des Maîtres d’Israël. Les Rabbanim tels que le Rav Dynovisz, le Rav Cherki, le Rav Ron Chaya, le Rav Ytshak Cohen, le Rav Benchetrit, le Rav Benharouche sont souvent cités comme étant des guides spirituels pour ces hommes et ces femmes.

    Ces hommes et ces femmes vivent souvent en rupture avec leur famille et se sentent parfois seuls face à leur attachement. Marie Claire et Jean-Luc, couple vivant en Belgique, près de la région de Lille, ont quitté l’Eglise en 2010. Ils s’estiment faire partie des Nations qui adhèrent au message d’Israël. Ils s’organisent avec un groupe d’amis pour se réunir une fois par mois pour des journées de prières et d’études des textes de la Torah. Ils ressentent tellement profondément la vérité de la Torah.

    Danièle, une femme avec un vie lourde d’épreuves, raconte son parcours sinueux qui l’a ramené vers Israël et vers la Torah. Lorsqu’elle a voyagé en Israël, elle a ressenti des choses extraordinaires.

    Je me souviens de cet homme, Olivier Petit, ancien militaire français, qui venait prier à la synagogue toute la journée de Yom Kippour. Pas un bavardage de toute la journée. Que des prières. Un respect immense pour nos textes et nos chants. Un amour sincère des juifs et de la Torah. Cet homme et son épouse, que je croyais à l’époque être des gens isolés, sont finalement peut-être des millions dans le monde aujourd’hui.

    Le monde se remplit, petit à petit, d’hommes et de femmes sincères, en quête de connaissance et de vérité. Ces hommes et ces femmes deviennent les meilleurs ambassadeurs d’Israël et de son message universel dans le Monde.

    Au-delà des lois de Noah, ces hommes et ces femmes sont attirés par le message profond de la Torah. Ils souhaitent progresser spirituellement et moralement dans leur vie et souhaitent souvent apporter leur part à la construction d’un monde meilleur.

    Il reste encore beaucoup à faire pour renforcer ces mouvements et donner plus de contenu à leurs recherches spirituelles.Il reste encore beaucoup à faire pour reconstruire le couple Israël – Nations et pour qu’Israël joue véritablement son rôle de Mamlekhet Cohanim[7] pour éclairer le Monde entier, en diffusant la Torah mais également en construisant un Etat d’Israël et une société juive exemplaire. Dans un couple, les deux parties doivent faire des efforts pour se renforcer. Les Juifs doivent encore plus qu’au part avant être fidèle à leur identité et au rôle qui doit être le leur. Les Nations trouveront encore plus de branches auxquelles s’accrocher et se laisseront éclairer. Elles rendront alors à Israël au centuple ce que nous leur aurons donné.


    [1] Comme le suggère Rachi sur le verset 11 du chapitre 18

    [2] Comme le suggère encore Rachi sur le même verset 11 du chapitre 18 en commentant l’expression « Maintenant je connais »

    [3] Vision selon laquelle l’histoire des âmes dépasse la vie des corps et que les âmes reviennent sur terre pour accomplir de nouvelles choses et réparer des erreurs commises lors de précédentes venues dans notre monde. Ces enseignements sont révélés par le plus grand Maître de la Kabbale, le Ari Zal (ou Ari Hakadosh) notamment dans le livre Shaar Haguilgoulim. Source pour la relation entre Ytro et Cain au chapitre 32.

    [4] Verset 5 du chapitre 19, Rachi explique le mot Segoula par la notion de Trésor du Roi.

    [5] Isaïe, chapitre 42, verset 6.

    [6] Traité Sanhedrin, 56b

    [7] Parachah de Ytro, Chapitre 19, verset 6.

  • Shekel fort, prix de l’immobilier, fermeture des frontières : la nouvelle traversée de la mer Parachah Bechalah

    Shekel fort, prix de l’immobilier, fermeture des frontières : la nouvelle traversée de la mer Parachah Bechalah

    Les obstacles semblent de plus en plus infranchissables… La mer paraît se déchainer. Mais comment peut-on faire pour traverser Yam Souf (la mer des Joncs) en 2022 afin d’atteindre le rivage d’Israël ? Comment peut-on franchir ces nouveaux murs qui ne cessent de monter ? Le Shekel devient la monnaie la plus forte du monde. Les prix de l’immobilier en Israël battent des records mondiaux. Si on n’a pas la Teoudat Zehout, la carte d’identité israélienne, bien qu’étant juif, il est désormais impossible d’arriver jusqu’au Kotel pour faire une prière… Mais que se passe-t-il pour que cela soit désormais si dur d’atteindre notre terre d’Israël ?

    Tout d’abord, le Shekel s’installe à un niveau extrêmement élevé. 1 euro permet d’acheter 3,50 Shekels. Certains économistes nous avertissent que la tendance ne sera pas au retour en arrière. L’euro pourrait encore baisser autour de 3,30 Shekels, voire 3 Shekels.

    Pour la population de Olim venant de France, c’est un séisme qui met en péril des équilibres économiques. De très nombreux Olim sont directement impactés. Les retraités qui dépendent de leur retraite en euro, les nombreux actifs dont les revenus dépendent encore d’une activité réalisée en France (ceux qui voyagent régulièrement, ceux qui sont dans les sociétés de services directement liées à l’étranger), les Olim qui ont une carrière professionnelle qui a démarré en France et qui se termine en Israël, avec une partie de leur retraite future qui dépend encore de l’Euro. Bref, l’impact est généralisé.

    Il y a vingt ans, les touristes français qui venaient en Israël se sentaient riches. Un repas au restaurant coûtait environ deux fois moins cher qu’à Paris. Un investissement dans l’immobilier restait abordable en comparaison d’un investissement similaire en France. Dans les années 80, Israël manquait encore fortement de biens de consommation courants qui envahissaient l’Europe. Aujourd’hui, le simple consommateur qui prend un peu de recul s’aperçoit que le rapport s’est inversé ces dernières années.

    Il y a quarante ans, un Ole de France avait-il envie de venir s’installer dans un pays plus pauvre, au risque de manquer de biens de consommations, de perdre des chances de réussite économique ? Aujourd’hui, un Ole de France a-t-il la possibilité de venir s’installer dans un pays qui est plus riche que le sien ?

    Une analyse sur les vingts dernières années du critère du PIB par habitant montre qu’Israël a dépassé la France en 2015 -2016. En 2021, la production de richesse par habitant[1] sera en Israël de 47 304 US$ alors qu’en France elle sera de 41 567 US$. L’écart a eu tendance à se creuser année après année, et les prévisions pour 2022 vont encore continuer à creuser l’écart.

    Israël montre qu’elle parvient mieux que les principaux pays du monde à affronter la crise du Covid-19 en continuant sa croissance qui semble inexorable.

    Nous allons opposer à juste titre qu’Israël est un pays beaucoup moins social que la France et que la richesse est mal redistribuée. C’est un problème très important en Israël et il ne faut pas du tout le négliger.

    Mais même sur le terrain du Social, où Israël a d’énormes progrès à faire, on s’aperçoit que le salaire minimum net de charges sociales s’élève à fin 2021 en Israël à 4 664 Shekels alors que l’équivalent en Shekels[3] du SMIC net mensuel en France est de 4 403 Shekels.

    Sur le terrain économique, il faudrait être aveugle pour ne pas voir les progrès d’Israël face au monde occidental en général. Israël est en passe de dépasser les principaux pays occidentaux, petit à petit, sur tous les critères qui déterminent la richesse d’une Nation.

    L’augmentation des prix de l’immobilier, avec une augmentation moyenne en Israël de 10% en un an du prix à l’achat, qui s’accompagne également d’une hausse vertigineuse des prix à la location, montre d’une certaine manière l’attrait et le dynamisme de l’économie, même si de très nombreux israéliens souffrent de la difficulté à se loger, notamment les jeunes couples, qui deviennent de moins en moins jeunes.

    L’immobilier devient également chaque année plus encore une barrière à l’entrée en Israël, une barrière à la Alya pour de plus en plus de juifs de France. Il y a encore des juifs de France qui ont les moyens financiers d’investir dans l’immobilier en Israël, certes, nous confiait un agent immobilier, Guy Dahan, qui travaille principalement à Tel Aviv, Herzlia et Raanana. Mais force est de constater que la très grande majorité des juifs de France, candidat à un investissement en Israël pour préparer leur retraite, ou pour une Alya immédiate, ne peuvent plus l’envisager, alors qu’ils le pouvaient il y a encore quelques petites années. Selon un autre agent immobilier, Benjamin Dadi, le prix d’un 3 pièces correct en location à Tel Aviv coûte dans les 8 000 – 9 000 shekels par mois hors charges, ce qui fait en euros environ 2 500 € par mois. Il précise que le prix minimum au m2 à l’achat à Tel Aviv pour un bien correct est de 58 000 NIS, soit environ 16 500 €.

    Enfin, les murs semblent désormais infranchissables au regard de la difficulté, voire de l’impossibilité, de voyager entre Israël et les autres pays du monde, à cause du Covid-19 et surtout à cause des restrictions associées. Depuis deux ans maintenant, il est impossible pour un enfant de moins de douze ans de visiter ses grands-parents en Israël. Le territoire d’Israël, le Kotel occidental est interdit pour tous ces juifs qui n’ont pas un parent au premier degré. Le ciel qui s’est ouvert quelques semaines pour ceux qui montraient pattes blanches avec la preuve d’être bien à jour du vaccin s’est aussitôt refermé avec l’arrivée d’Omicron.

    Notre époque nous fait penser aux temps désormais ancien, où le Baal Shem Tov et le Gaon de Vilna, pourtant des piliers de courants du Judaïsme très opposés, voulaient tous deux rejoindre Israël. Au XVIIIème siècle, les nombreuses guerres de l’Empire Ottoman et différents obstacles les ont empêchés d’arriver au bout de leurs voyages, et ils n’ont pas pu atteindre Israël et Jérusalem. Notre époque nous fait penser à ces très nombreuses périodes de l’histoire où nos ancêtres ne pouvaient même pas imaginer avoir la possibilité d’accomplir leur rêve de revenir à Tsion.

    Certes, la Alya est encore possible, et bien heureusement. Mais tout ce qui encourage la Alya, comme les voyages scolaires ou les voyages de jeunes est fortement limité. Un exemple banal et anodin d’un étudiant en médecine en France qui avait la possibilité de faire un stage dans une Université et un hôpital en Israël n’a pas pu venir. A cause du Coronavirus, il y a peut-être eu une perte de chance d’Alya supplémentaire à court ou moyen terme…

    Alors, malgré cette mer déchaînée qui se dresse devant nous, le juif authentique doit se souvenir des Bnei Israël acculés entre la Mer et l’Armée de Pharaon. Il n’y avait pas d’issue possible. C’était alors la mort assurée.

    A l’époque de la traversée de la Mer Rouge, il y avait selon le Midrach, quatre groupes de juifs qui correspondaient aux quatre tempéraments naturels de l’Homme. Il y avait ceux qui voulaient se battre sans arme et sans Croyance en Hachem contre Pharaon. Il y avait ceux qui voulaient prier et attendaient la prise en charge de D. Il y avait ceux qui étaient lâches et qui voulaient se rendre. Il y avait ceux qui voulaient se suicider et tout abandonner.

    Il y avait surtout cet homme de la cinquième voie, le prince de la Tribu royale de Yehoudah, Nahchon Ben Aminadav, qui a choisi d’avancer vers l’épreuve, d’avancer vers la mer, dans la direction d’Israël. Le Midrach dit que la mer s’est ouverte au moment même où il ne lui était plus possible d’avancer. Quand les choses paraissent si difficiles et même désespérées, il ne faut pas avoir peur de prendre sa responsabilité, de faire la part du travail dans la bonne direction, et alors au moment où tout est fait de notre côté pour que les choses se réalisent, le maître du monde intervient et permet l’accomplissement de notre volonté sincère et authentique.

    Aujourd’hui encore en 2022, nous avons tous des murs à franchir pour mériter notre place en Israël. Ceux qui sont déjà là et qui voient les difficultés, ceux qui veulent venir et qui ne voient plus comment faire. L’histoire du peuple juif est longue d’enseignements. Il faut puiser les forces dans toute notre histoire pour trouver les forces nécessaires et pour franchir les obstacles.

    Car Israël va continuer son ascension dans la Puissance. Israël n’a pas vocation à être un pays pauvre ou même un pays moyen dans le monde. Israël a vocation à devenir un pays Puissant. Il lui faut encore plus d’habitants juifs, il lui faut encore plus de légitimité pour assurer sa possession territoriale en Judée Samarie. Il lui faut plus de puissance pour pouvoir se battre contre ses ennemis. Les dix plaies, ainsi que la onzième, la traversée de la mer, sont autant de démonstrations de la Puissance du Maître du monde, et finalement de la Puissance du peuple Juif qui a la Emouna. Israël a vocation à démontrer cette Puissance au monde, non pas pour le dominer, mais pour jouer son véritable rôle, de lumière des nations. Nous pourrons être une lumière que grâce à la Puissance. L’exemplarité morale et spirituelle d’Israël qui est notre but profond, ne vaudra hélas pas grand-chose si elle n’est pas accompagnée par la Puissance.

    Le Shekel fort, les prix de l’immobilier, la croissance économique d’Israël. C’est un peu comme la traversée de la mer : à la fois un obstacle et une démonstration de force.


    [1] Selon les prévisions du Ministère des Finances Israéliens du 15 novembre 2021 (croissance de 7,1% du PIB/habitant pour Israël) et de la Commission Européenne (croissance de 6,5% du PIB/habitant pour la France)

    [2] Banque Mondiale (historique jusqu’à 2020) – Prévisions 2021 et 2022 par le Ministère des Finances Israélien et par la Commission Européenne

    [3] Taux de change 1 euro = 3,5 shekels

  • Pourquoi est-on descendu en Egypte ? Pourquoi ce passage obligé par l’exil ? Parachah Chemot

    Pourquoi ? Chercher le pourquoi des choses est une quête infinie. Pour mériter d’avoir la réponse au Pourquoi, on ne peut pas se contenter d’une étude superficielle ou d’un article. Pour avoir la réponse à la question du Pourquoi, il faut étudier, chercher longtemps, faire des efforts. Plus encore, pour avoir la réponse à la question du Pourquoi, il faut vivre, il faut expérimenter. Pour mériter d’effleurer la vraie réponse au Pourquoi, il faut parfois même souffrir, affronter des difficultés, affronter des épreuves. La connaissance profonde des choses doit s’accompagner d’un vécu.

    Nos jeunes enfants nous posent toujours les questions les plus compliquées, les questions auxquelles nous n’avons pas de mots assez simples pour donner des explications. En fait, souvent, avec le cours de la vie, nous arrêtons de nous poser des questions de fond, parce que nous nous résignons à ne pas avoir de réponses. Souvent, ceux qui sont remplis de plus de réponses sur le Comment, les sachants, arrêtent de se poser les questions du Pourquoi. A force d’être rempli d’autres questions, certaines autres s’effacent.

    Et souvent aussi, nous oublions de nous reposer la question du Pourquoi. Et nous préférons subir le train-train de la vie, et la vie passera, sans finalement avoir commencé à rechercher le fond des choses.

    Hachem a averti Avraham, dans la Parachah de Leckh Leckha « Sache bien que ta descendance sera étrangère dans une terre qui ne sera pas la sienne » (Chapitre 15, verset 3). Avraham n’a pas encore d’enfant, Avraham n’a pas encore le moindre signe que sortira de lui le peuple d’Israël, qu’Hachem commence par l’avertir d’une histoire inéluctable, de l’histoire incontournable de la vie sur terre, l’expérience de l’exil.

    Qu’est-ce que l’exil ? Que signifie « être étranger dans une terre qui ne nous appartient pas ? » Avant de poser la question du Pourquoi, encore faut-il s’entendre sur une définition de l’exil. L’exil, c’est avant tout être étranger dans un endroit qui n’est pas le sien. Cette définition sous-entend que pour ressentir l’exil, il faut connaître l’endroit qui est le sien. Ceux qui ne connaissent pas leur terre véritable, ne peuvent pas se sentir en exil. Ces personnes-là seraient concrètement en exil, mais ne le ressentiraient pas.

    L’exil sous-entend également une souffrance, la souffrance de ne pas se sentir chez soi, de ne pas se sentir à la bonne place. L’exil sous-entend parfois des choses absolument abominables : l’oppression, la soumission, l’esclavage lorsqu’il s’agit de l’Egypte avec l’obligation de subir des décrets d’extermination d’enfants. L’exil, cela veut également dire ce qui est plus proche de nous, l’exil de Edom, avec l’Inquisition, les Pogromes, et la Shoah.

    Avant même le début du commencement de l’Histoire, le passage par l’exil du peuple d’Israël est inscrit dans un verset immuable de la Torah.

    L’exil n’est clairement pas la conséquence d’une quelconque faute d’Avraham. Elle n’est pas non plus la conséquence d’éventuelles fautes d’Itshak ou de Yaacov. L’exil n’est finalement même pas la conséquence de l’énorme faute de la vente de Yossef. Avant même le début du commencement de l’Histoire, le passage par l’exil du peuple d’Israël est inscrit dans un verset immuable de la Torah.

    Alors, pourquoi l’exil d’Israël était-il inscrit même avant le commencement de son existence ? Pourquoi l’expérience de l’exil par le peuple juif est-il incontournable, indispensable, inéluctable ? Pourquoi les juifs doivent-ils subir la grande majorité du temps de leur histoire cet état d’exil ?

    Nous allons ici commencer à esquisser une réponse qui nous dépasse.

    Nous vivons dans le monde postérieur à la faute de la Tour de Babel. Avant cet épisode, les soixante-dix peuples étaient à leur place, connaissait leur origine et leur mission sur terre. A l’issue de l’énumération des peuples qui sont sortis de Yaphet, Ham et Chem, il y a trois versets similaires qui précisent : « Voici les enfants de Chem [ou Yaphet, ou Ham], selon leur famille, leur langue, dans leur pays, et selon leur peuple » (Parachah de Noah, Chapitre 10, versets 5, 20, 31).

    Avant la faute de la Tour de Babel, toutes les Nations étaient à leur place avec leur propre culture. Plus les peuples étaient proches au niveau familial originel, plus ils étaient proches dans leur caractère. Ainsi, chaque peuple était rattaché à son grand fondateur, Yaphet, Ham ou Chem. Nous pouvions dire qu’avant la Tour de Babel, le monde connaissait des relations internationales apaisées. Il ne pouvait pas y avoir de guerre de territoires, il ne pouvait pas y avoir d’exil, dans la mesure où tout le monde savait où il devait être, faisant partie d’une « famille – peuple ».

    Nous vivons désormais dans un monde postérieur à ce temps d’équilibre des relations entre les peuples. Les Hommes pendant l’épisode de la tour de Babel ont voulu se mélanger. Ils s’appuyaient sur la langue internationalement parlée qui était l’hébreu (selon Rachi) pour créer un projet d’assimilation mondiale. Ce projet d’Unification en apparence, s’est avéré être un projet d’Uniformisation. En cherchant L’Uniformisation, ils ont finalement obtenu tout l’inverse, la Division, la perte de repère, la perte de sens. En cherchant l’Uniformisation, ils ont finalement obtenu un monde où chaque peuple n’a pas pu retrouver sa place d’avant, où chaque peuple a perdu la connaissance de son origine, où chaque peuple a perdu la connaissance de son histoire.

    Durant l’épisode de la Tour de Babel, c’est comme si tous les peuples séparés se sont transformés en une patte commune composée de soixante-dix ingrédients. Une fois que la patte est construite, il est impossible de revenir aux soixante-dix ingrédient initiaux. Chaque morceau de patte est revenu à sa place, mais chaque morceau de patte, a finalement embarqué des ingrédients qui ne sont plus à leur place.

    La conséquence de cette erreur historique des peuples a été fatale. Les peuples ont, à partir de cet instant, perdu leur identité, perdu la connaissance de leur histoire, perdu la connaissance de leur mission, et sont finalement tombés en état d’exil. La notion de peuple a été abîmée. Les hommes se sont retrouvés en état d’exil dans des peuples qui ne leur correspondaient plus. Ils étaient des étrangers sans finalement plus savoir où était leur véritable place.

    Avraham a été le seul qui s’est battu contre Nimrod et la pensée dominante de la génération de Babel. Avraham va alors être à l’origine de la constitution du soixante et onzième peuple. Ce nouveau peuple qui n’était pas prévu au début du projet vient donner l’espoir au monde, car il y aura au moins un peuple qui connaîtra son identité, son histoire, et sa mission.

    La réparation du monde de la faute de la Tour de Babel passera par ce nouveau peuple qui va vivre dans sa propre existence de façon consciente ce que tous les autres peuples vivent de façon inconsciente. Le peuple « échantillon » du monde doit passer par l’exil conscient pour pouvoir en sortir ensuite et en faire sortir tout le monde.

    Plus que cela encore, pour pouvoir naître véritablement en tant que soixante et onzième peuple, le peuple doit connaître sa propre gestation en exil, dans cet état conscient d’être un étranger, dans cet état conscient de soumission et de souffrance.

    Ce n’est pas pour rien, que soixante-dix est le nombre d’âmes juives descendues en Egypte recensées par la Torah dans la Parachah de Vaygach (chapitre 46, verset 27). Ces soixante-dix âmes sont les représentants des soixante-dix nations. Le peuple juif est un échantillon représentatif de l’humanité toute entière. Il contient en son sein les caractères de toutes les nations du monde.

    Le peuple Juif doit vivre dans sa chair la majorité de son histoire le sentiment d’être étranger à l’endroit où il est, pour ressentir de façon consciente ce que tous les hommes du monde entier vivent, mais de manière inconsciente.

    Aujourd’hui, ce qui n’était qu’une théorie à l’époque de la sortie d’Egypte, est un phénomène bel et bien réel que nous vivons. Au moment de la descente en Egypte, nous étions soixante-dix âmes symboliques. Aujourd’hui, le peuple juif est à la fois composée d’Européens, d’Américains, d’Africains, même de quelques Asiatiques. Aujourd’hui, le peuple juif est composé de Sépharades, d’Ahskénazes. Le peuple juif est composé d’occidentaux et d’orientaux… Bref, le peuple juif a vécu l’exil dans le monde entier pour revenir sur sa terre avec des composantes culturelles qui viennent du monde entier. Ainsi, le peuple Juif est devenu, par l’expérience de l’exil, un véritable peuple « échantillon », représentatif du Monde.

    Avec le peuple Juif, échantillon représentatif, le Maître du Monde peut faire des espèces de sondage. Le monde est-il prêt pour la Délivrance ? Interrogeons le peuple Juif… Si l’échantillon représentatif montre qu’il est prêt, l’ensemble du monde sera prêt.

    Pourquoi l’exil obligatoire pour le peuple juif ? Le peuple Juif doit vivre dans sa chair la majorité de son histoire le sentiment d’être étranger à l’endroit où il est, pour ressentir de façon consciente ce que tous les hommes du monde entier vivent, mais de manière inconsciente.

    Comme nous l’avions dit au début, pour comprendre le Pourquoi des choses, il ne suffit pas d’une connaissance théorique. Il faut expérimenter, il faut vivre. L’existence même du peuple juif n’a finalement qu’un seul intérêt : réparer l’état d’exil du monde. C’est pour cela que les prémices de son existence ont dues être passées en exil, dans le pays dominant de l’époque, dans le pays sur lequel trônait Pharaon du haut de soixante-dix marches (nous retrouvons encore notre nombre soixante-dix).

    Pourquoi l’exil ? Pour comprendre le pourquoi du monde, il faut avant tout le vivre… Pour comprendre l’état d’exil du monde, il faut avant tout le vivre… Il est temps de sortir le monde de son état d’exil. Il est temps pour les juifs de mettre fin définitivement à leur exil.