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Français de confession juive, juif de nationalité française…
Essai sur les origines des fausses identités
« Français de confession juive », « juif de nationalité française » … Notre sujet renvoie à la question de l’identité. Qui suis-je ? Quelle est ma singularité ? Quel est le projet collectif que je porte ? A quel groupe j’appartiens ?
« Français de confession juive », « juif de nationalité française », la question de l’identité juive se repose pour les Juifs de France, en filigrane du débat politique en France, à quelques mois de la prochaine élection présidentielle. Car, en France, la question de l’identité, de la civilisation européenne et occidentale est posée. Car, celui qui met ces questions au-devant du débat politique se présente lui-même comme « français de confession juive ».
Nous avons grandi en France sous le signe de « l’intégration » plutôt que celui de « l’assimilation
Nous avons grandi en France sous le signe de « l’intégration » plutôt que celui de « l’assimilation ». Nous pensions que nous pouvions être « des juifs de France », c’est-à-dire avant tout juif, mais habitant en France, en respectant et aimant la France. Les juifs, dans le monde entier, ont été pendant plusieurs millénaires d’exils, considérés comme des étrangers. Ils ont souvent été opprimés, persécutés, mais également tolérés, voire appréciés. A chaque fois, les juifs ont eu le défi de perpétuer leur tradition, leur héritage, dans les circonstances les plus sombres mais également parfois dans des circonstances plus apaisées. Nous avions l’impression qu’avec « l’Intégration » nous pouvions être des Juifs à part entière dans un beau pays que nous aimions et dont nous chérissions la langue.
C’est la France qui a inventé l’Emancipation des Juifs. C’est en France que les Juifs sont devenus des citoyens d’une autre Nation que la leur. « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus », disait Stanislas de Clermont-Tonnerre en décembre 1791. Dans cette citation, tout est dit. Les juifs vont pouvoir être des citoyens français à part entière en gardant leur religion juive mais en abandonnant leur appartenance au peuple juif.
On aurait pu croire que cela signifierait la fin de l’oppression pour les juifs. L’histoire a montré que les oppressions à l’égard des juifs allaient perdurer et prendre même des proportions encore plus fortes.
La France, la première, a voulu séparer le Juif en deux. On accordait aux Juifs le droit d’avoir une confession, d’avoir une religion. Mais on enlevait aux Juifs leur identité, leur appartenance au peuple Juif.
L’essentiel de l’idée ici est ailleurs. La France, la première, a voulu séparer le Juif en deux. On accordait aux Juifs le droit d’avoir une confession, d’avoir une religion. Mais on enlevait aux Juifs leur identité, leur appartenance au peuple Juif. Avec les Juifs, on a commencé à fonder les bases de la Laïcité à la Française : la séparation de l’Eglise et de l’Etat en commençant par la séparation entre le Culte Juif et l’Identité Juive.
Nous avons grandi et connu la France d’après 1968. Nous avons grandi dans une ambiance qui permettait « l’intégration » plutôt que « l’assimilation ». Nous comprenions que nous pouvions en France avoir notre pleine identité juive, que nous pouvions revendiquer notre appartenance au peuple juif, tout en étant français. La France « black, blanc, beure » et pourquoi pas « juive », avait assoupli sa vision sur la séparation de l’individu en deux. La fameuse phrase « nos ancêtres les gaulois » continuait à être enseignée à l’Ecole, mais on s’en moquait un peu, et on ne prenait pas trop cela au sérieux…
Mais aujourd’hui, le concept « d’assimilation » reprend le dessus, car on s’aperçoit que « l’intégration » ne serait pas assez exigeante. Aujourd’hui, deux tiers des Français estiment que l’Identité Nationale Française est en danger.
Car en tant que « très bon français », il perpétue l’idée qu’il faut séparer l’individu en deux, le spirituel d’un côté et le politico-juridique de l’autre. Car en tant que « très bon Juif », il sait que le sentiment d’appartenance nationale est fondamental pour la survie d’un peuple, et qu’il a choisi de quitter son peuple d’origine pour son peuple adoptif, le peuple français.
Ce renouveau du concept « d’assimilation » est d’autant plus troublant que c’est un Juif qui porte ce discours au premier plan. Il se fait l’écho de Clermont Tonnerre. Car en tant que « très bon français », il perpétue l’idée qu’il faut séparer l’individu en deux, le spirituel d’un côté et le politico-juridique de l’autre. Car en tant que « très bon Juif », il sait que le sentiment d’appartenance nationale est fondamental pour la survie d’un peuple, et qu’il a choisi de quitter son peuple d’origine pour son peuple adoptif, le peuple français.
Ici, dans notre journal Communautaire de Shuva, depuis Raanana, depuis la Terre d’Israël que nous avons rejoint, depuis l’endroit où l’on s’attache à recoller nos deux morceaux séparés depuis la Révolution Française, nous souhaitons essayer de ramener ces questions à un niveau plus profond, en s’aidant des enseignements de la Torah et de nos maîtres.
La Torah n’est pas qu’un livre de Commandements, de Lois religieuses et cultuelles. La Torah nous décrit les principes fondamentaux de l’histoire des hommes. C’est d’ailleurs comme cela que s’ouvre le cinquième chapitre du livre de Berechit : זה ספר תולדות אדם
La Torah nous parle de l’histoire de l’Homme et plus précisément de l’histoire des engendrements de l’homme. La Torah met en évidence la postérité détaillée d’Adam. De très nombreux noms sont soigneusement mentionnés par la Torah jusqu’à un grand échec, qui sera le premier échec à l’échelle de l’humanité, le déluge. A la sortie de l’Arche qui a sauvegardé un échantillon de la vie sur terre, on recommence alors à zéro. La Torah décrit précisément et soigneusement toute la descendance de Noah. Tous les noms sont mentionnés, les descendants de Chem, Yaphet et Ham. Il y a 70 noms qui vont être les racines des 70 peuples, des 70 Nations.
Chaque peuple a son endroit, sa langue, sa culture. Chaque peuple est à sa place. Chaque enfant sait d’où il vient et appartient à un peuple qui porte le nom de son ancêtre fondateur. Tel est le monde qui s’édifie et se construit dans l’harmonie à la suite du déluge.
Chaque peuple a son endroit, sa langue, sa culture. Chaque peuple est à sa place. Chaque enfant sait d’où il vient et appartient à un peuple qui porte le nom de son ancêtre fondateur. Tel est le monde qui s’édifie et se construit dans l’harmonie à la suite du déluge. Tous les hommes se réclament d’Adam et sont des humains. Mais en même temps, chaque Homme appartient à un peuple et connaît son père fondateur, auquel il s’identifie. Le monde est fait d’une diversité de peuples bien spécifiques, et cette diversité est une condition essentielle pour que les hommes puissent tous se respecter en tant qu’humain.
Or, ce beau projet va s’écrouler par la faute des hommes et du premier démagogue de l’histoire, Nimrod. Il voulait que le monde soit un grand mélange d’humains, une uniformité d’humains sans identités Nationales. Du projet Initial qui visait à constituer un monde avec 70 Identités Nationales différentes, avec 70 peuples aux missions et aux rôles complémentaires, a succédé le Bilboul, le grand mélange, et la fin des 70 Nations authentiques. Après l’épisode de la Tour de Babel, les peuples n’ont pas pu se reconstituer tels qu’ils étaient avant. Tous les peuples ne vont plus connaître leur bonne place, leur bon endroit, leur bonne mission. Tous les peuples vont commencer à avoir des problèmes d’identité, ne sachant plus qui est le père fondateur de leur peuple.
En cherchant l’uniformisation des peuples, en cherchant à assimiler toutes les différences dans une uniformité, on obtient l’extrême inverse : des identités nationales malades, une incapacité à trouver le bon équilibre entre l’Individu et l’Identité collective.
Après l’épisode de la Tour de Babel, la généalogie continue. Qui va pouvoir réparer ce nouveau grand désordre de l’Histoire ?
Arrive enfin Avraham, dix générations après Noah, qui le premier, va comprendre que la Spiritualité ne doit pas rester déconnectée de la notion de Nation et de Peuple.
Avraham, et le peuple juif à partir de lui, constitue l’espoir de construire le 71ème peuple, qui lui seul saura d’où il vient et vers où il doit aller. Le seul peuple qui ne veut pas que les autres peuples se mélangent à lui et le peuple qui malgré son histoire, faite d’errance au milieu des nations, ne veut pas se mélanger aux autres peuples. Le seul peuple sur Terre qui connait encore aujourd’hui ses pères et mères fondateurs.
C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre les toutes premières bénédictions qu’accorde Hachem à Avraham. Hachem ne dit pas à Avraham qu’il va fonder une nouvelle religion. Hachem ne dit pas à Avraham qu’il va fonder un nouveau culte. Hachem dit : « Je ferai de toi un Grand Peuple ». Hachem dit « Tu seras une bénédiction », c’est-à-dire que le peuple Juif sera à la source de la Bénédiction du Monde et « que seront bénis par [Avraham] toutes les familles de la Terre ».
Les commentateurs posent la question bien connue : pourquoi le texte ne dit pas simplement que les hommes seront bénis par Avraham ? Pourquoi le texte a-t-il besoin de préciser que ce sont les « familles de la Terre » qui seront bénies par Avraham ?
La réponse véritable à cette question réside avant dans tout notre réflexion sur l’Identité des peuples. Avraham devient le porteur du projet de restituer sa place aux « peuples familles » qui avaient été fondés par la descendance de Noah et qui ont échoué dans leur projet avec l’épisode de la Tour de Babel.
C’est un juif qui nous remet face à notre réalité. Si l’on veut recoller les morceaux brisés de notre identité, il n’y a pas le choix, il faut d’abord quitter la France, quitter l’endroit où l’on est né, quitter la maison de notre père, et aller vers la terre qu’Hachem nous a montrée.
Aujourd’hui, c’est un Juif qui ne veut plus appartenir à son peuple qui donne une leçon sur l’importance de l’Identité Nationale à la France. C’est un juif qui veut être à l’origine d’une nouvelle grande intolérance à l’égard des juifs en France, en éliminant la possibilité à nos épouses et mères de se couvrir la tête dans l’espace public, en nous interdisant de porter une Kippah et des Tsitsit dans la rue, en éliminant tout élément qui marque notre appartenance à notre peuple… C’est un juif qui nous remet face à notre réalité. Si l’on veut recoller les morceaux brisés de notre identité, il n’y a pas le choix, il faut d’abord quitter la France, quitter l’endroit où l’on est né, quitter la maison de notre père, et aller vers la terre qu’Hachem nous a montrée.
« Français de confession juive », « juif de nationalité française » … Surtout pas ça ! Soyons les continuateurs de ce qu’a fondé Avraham, soyons comme Avraham, soyons avant tout des Hébreux.
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Et finalement, Peretz sort le premier ! Et finalement le Roi David est arrivé ! Parachah Vayechev
L’histoire de Yehoudah, histoire que l’on préfère en général ne pas trop raconter, est relatée dans la Parachah de Vayechev au chapitre 38.
Yehoudah est tombé bien bas.
Il se marie avec une Kanaanéenne avec qui il a trois enfants : Er, Onan et Chelah. Yehoudah donne pour épouse à son fils aîné, Tamar, qui est Chemite et la fille de Chem[1] lui-même. Rappelons au passage que Chem était un grand sage auprès de qui Avraham, Ytshak et Yaacov ont étudié la Torah. Er a des pratiques sexuelles déplacées avec Tamar, et il meurt rapidement sans donner de descendance. La loi du Levirat (Iboum) est alors appliquée. Le cadet, Onan, se marie à son tour avec Tamar. Or, Onan, a également des pratiques sexuelles déplacées, et il meurt rapidement sans donner de descendance.
Après tous ces malheurs, Yehoudah ne souhaite pas donner Tamar à son troisième fils, de peur que ce dernier ne meure également. Or, les malheurs continuent quand même. Cette fois, c’est l’épouse de Yehoudah qui meurt.
La Torah n’a alors pas honte de nous décrire une scène complètement incongrue. Tamar, voulant à tout prix donner une descendance à la famille de Yehoudah, se déguise en prostituée. Yehoudah se fait séduire par ce qu’il croit être une prostituée et, sans le savoir, a une relation avec Tamar. Un peu moins de trois mois plus tard[2], Yehoudah apprend que Tamar est enceinte. Il convoque le tribunal pour la faire brûler car elle n’avait pas le droit d’avoir une relation hors mariage. Avec une immense discrétion, sans faire honte à Yehoudah, Tamar amène la preuve qu’elle était celle que Yehoudah croyait être une Prostituée.
Yehoudah fait alors une Techouvah immense et avoue publiquement que Tamar est enceinte de lui. Tamar avait le droit d’avoir une relation avec Yehoudah car il n’avait pas voulu mettre en œuvre son droit au Levirat (Iboum). Yehoudah révèle à tout le monde que Tamar est plus juste que lui.
Yehoudah touchant le fond, déclenche les forces extraordinaires de la Techouvah.
De cette union extérieurement totalement inappropriée mais intérieurement appropriée, sont conçus des jumeaux. Au moment de l’accouchement, voici qu’un premier enfant sort sa main. A peine a-t-on le temps de lui accrocher un fil à son bras que sa main se retire.
Finalement, avec le plus grand des fracas, Peretz défonce tout, et sort le premier. Zerah est sorti le deuxième.
Comment peut-on comprendre cette histoire incroyable ? Comment peut-on comprendre cette chute ahurissante de Yehoudah et ce sursaut final ? Comment peut-on comprendre cette lutte intra-utérine entre deux frères jumeaux qui va voir naître Peretz en premier ?
« Sof Maasse, Bamahchavah Tehilah », « Si tu veux comprendre quelque chose de la pensée première, si tu veux comprendre les raisons profondes d’une histoire, va voir ce qui se passe à la fin de l’action »
Il nous faudrait plusieurs pages pour commencer à entrevoir ce qui se cache dans cette histoire relatée en 30 versets. Nous voulons juste ici commencer à entrevoir une des clés de compréhension.
Pour cela, nous allons nous appuyer sur un principe que nous rappelons chaque vendredi soir dans le Leckha Dodi : « Sof Maasse, Bamahchavah Tehilah », « Si tu veux comprendre quelque chose de la pensée première, si tu veux comprendre les raisons profondes d’une histoire, va voir ce qui se passe à la fin de l’action ».
Nous nous référerons alors aux derniers versets de la Meguilat Ruth qui décrivent la descendance de Peretz : Hetsron, Ram, Aminadav, Nahshon, Salmon, Boaz, Over, Ishay, et enfin David.
Pour comprendre l’histoire de la chute de Yehoudah et de la naissance fracassante de Peretz, il faut avant tout comprendre ce que représente le Roi David, et ce que représente cette lignée absolument fantastique qui va mener jusqu’au Machiah.
Tout le livre de Berechit relate des problèmes entre frères : Caïn, l’aîné, tue le cadet Havel. Yshmael est écarté pour que le cadet, Ytshak, passe en premier. Essav, qu’Ytshak veut absolument considérer comme son aîné et lui donner les bénédictions pour porter l’héritage, est finalement écarté pour laisser la place au cadet, Yaacov. On voit, incessamment que ceux qui représentent la force physique, la puissance matérielle dans ce monde, n’arrivent pas à être en même temps les dépositaires de la force spirituelle.
On n’arrive pas à remettre les choses à l’endroit. Même Yaacov, à la fin du livre, lorsqu’il souhaite bénir Menaché et Ephraïm, devra croiser ses mains et bénir en premier Ephraïm, le cadet avant l’aîné, Ménaché.
Cette histoire infernale où le deuxième reste toujours le plus fort spirituellement, mais jamais le plus fort matériellement est rompue par allusion dans le récit de la naissance de Peretz. Là encore, Zerah tente de sortir en premier. Mais plus déterminé que Yaacov qui n’a réussi qu’à s’attraper au talon d’Essav, mais pas à passer devant, Peretz renverse enfin la situation et passe devant Zerah. Les choses reviennent finalement à l’endroit. Va alors pouvoir naître un homme d’un autre genre… un homme qui va avoir la capacité de tout défoncer dans ce monde, de vaincre toutes les forces contraires, un homme qui va être à l’origine de la lignée de David, qui représente par excellence l’Union entre le spirituel et le matériel. David compose la nuit les plus belles prières au monde que sont les Tehilim, et dirige le jour les opérations militaires pour asseoir la force d’Israël.
Enfin, avec David, est rendu visible aux yeux de tous, ce que Peretz avait commencé à faire de façon complètement cachée, dans le ventre de sa mère.
Quels détours ! quelles actions rocambolesques a-t-il fallu pour faire descendre la lignée Davidique sur Terre ! Des actes manqués, des actes de débauches sexuelles, des retournements de situation… On sait également que Ruth, arrière-grand-mère de David vient de Moav, fruit d’une union incestueuse entre Lot et sa fille, et que l’histoire de Ruth totalement improbable se termine également avec l’application de la loi du Levirat (Iboum). Comment comprendre les chemins tortueux qui mènent à la Délivrance ?
Un seul type d’explication arrive à apaiser notre soif de comprendre. Selon la Kabbalah, après la faute d’Adam, les âmes les plus extraordinaires ont été enfermées dans des Klipot, dans des écorces. L’histoire des hommes qui va suivre consiste à briser ces écorces pour aller chercher le fruit. L’âme du Machiah, la plus déterminante pour sauver le monde, était prisonnière dans les Klipot les plus fortes. Pour aller chercher ces âmes capables de renverser le cours de l’histoire qui n’arrivaient pas à être réparées, il fallait que des personnages de la Torah chutent, descendent très bas, pour après pouvoir déclencher les forces du rebond. Il fallait descendre dans les bassesses de l’humanité, là où personne ne pouvait s’attendre à trouver du bien, pour véritablement le trouver et déclencher les forces du retour. L’alliance contre-nature entre la détermination et la pudeur profonde de Tamar, ainsi que la succession de la chute et de la brisure de l’ego de Yehoudah, sont à l’origine de ce processus.
Peretz est arrivé à sortir le premier ! La réparation du brouillage des valeurs qui s’est opéré lorsqu’Adam a mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal a fait un pas déterminant… Enfin la force matérielle peut être en accord avec la force spirituelle, David va finalement pouvoir arriver.
[1] Rapporté par Rachi au verset 24.
[2] D’après Rachi sur le verset 24 sur le terme « Kemichloch »
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Ne pas laisser la place au doute : la Emouna par l’action – Parachah Bechalah

La majorité de ceux qui ont appris les mathématiques et les sciences a intégré que le doute est un outil extraordinaire de la pensée humaine, que le doute sert à avancer dans la connaissance et la compréhension du monde. Nous avons été élevés à l’Ecole du « Discours de la Méthode » de Descartes, et son fameux Cogito : « je pense donc je suis ».
Or sans s’en apercevoir, à force de baigner dans l’idéologie du 100% rationnel, nous ne savons plus faire appel à nos sens et à nos forces intérieures dans les situations qui l’exigent. Face à une grande décision à prendre ou face à une épreuve, nous nous retrouvons démunis et impuissants, nous ne savons plus comment agir. Nous sommes dans le doute – ספק – et cela nous ronge. Nous pouvons en devenir fou et en perdre la tête.
C’est ce qu’ont fait les enfants d’Israël, à la fin de notre Parachah, Bechalah – בשלח – lorsqu’ils ont vu qu’il n’y avait pas d’eau et qu’ils se sont révoltés. Le doute est l’ennemi absolu qui nous détruit de l’intérieur. Le doute, ספק, a la même valeur numérique que Amalek – עמלק, le plus grand ennemi d’Israël. L’enseignement est limpide. Tout de suite après avoir douté et s’être révolté, le peuple d’Israël doit affronter Amalek qui vient l’attaquer.
Notre Parachah nous relate plus tôt une autre situation désespérée mais qui, cette fois, a été surmontée.
Tout le peuple juif se retrouve encerclé par les Egyptiens et la mer infranchissable. Le Midrach rapporte qu’il y a eu quatre groupes dans le camp d’Israël correspondant à quatre décisions possibles. Un premier groupe décide de se battre contre l’armée Egyptienne. Un deuxième groupe, décide de prier. Un troisième groupe souhaite retourner en Egypte. Un quatrième groupe est prêt à se suicider. Ces quatre groupes ont tous eu tort.
Hachem s’adresse à Moché qui fait partie du camp des prieurs, sous le ton du reproche, « Pourquoi hurles-tu vers Moi ? » (Chemot, chapitre 14, verset 15).
Il y a des situations où nous devons nous connecter à une force supérieure et nous dire, « si Hachem nous a mis dans cette situation, c’est qu’il faut que nous avancions et que nous franchissions l’épreuve ». Nous ne devons pas essayer de penser avec les quatre solutions rationnelles qui correspondent aux quatre tempéraments naturels de l’homme : la pensée du matérialiste qui prend les armes et choisit le mauvais combat, la pensée du religieux qui prie et attend d’être pris en charge par la Providence, la pensée du lâche qui préfère la prise en charge de l’idéologie de l’oppresseur, la pensée du faible qui pense que la seule solution est de disparaitre et de s’assimiler.
Dans notre cas, il faut avancer vers une cinquième voie et prendre une toute autre décision. Il faut jouer la partition qu’Hachem nous demande de jouer, sans hésitation et avec détermination. Nahchon Ben Aminadav, le prince de la tribu de Yehoudah, a choisi d’avancer vers la mer. Le Midrach dit que la mer s’est ouverte au moment même où il ne lui était plus possible d’avancer.
Face au flou absolu, face à l’épreuve, l’homme a la capacité de faire le bon choix et de déjouer le destin. Cette cinquième voie, qui est la moins logique de toutes, est pourtant la seule à apporter une réponse à la question : « mais qu’est-ce qu’Hachem attend-il vraiment de moi ? ». Lorsque l’homme est capable de faire sien le mouvement de l’histoire, de ressentir d’où il vient, et vers où il doit aller, alors, l’homme fait le bon choix, et contre toute logique, il voit qu’Hachem s’associe à lui. Les règles de la nature ne sont plus un obstacle. La mer s’ouvre.

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Tout investir dans son couple
La notion sacrée du couple est en danger
Le couple est ce qu’il y a de plus sacré. L’union harmonieuse entre un homme et une femme est la seule façon de donner la vie et de faire avancer le monde.
Aujourd’hui, la notion de couple est plus que jamais en danger.
La notion de mariage, définie comme l’union entre un homme et une femme, chose la plus simple et la plus fondamentale dans le monde, est contestée, décriée, attaquée, même ici en Israël. La dernière polémique en date, dans les joutes politiques israéliennes, en est hélas une énième illustration.
Le couple harmonieux renouvèle la Création
L’Union entre un homme et une femme transcende notre monde d’en bas et renvoie à des notions très profondes. D’après les enseignements de la Hassidout, les notions les plus concrètes de la vie sont le reflet des notions les plus profondes des mondes supérieurs.
L’homme et la femme, sont le reflet des deux pôles de la Création du monde. Il y a d’une part les notions Célestes et d’autre part les notions Terrestres ; d’une part la Spiritualité et d’autre part la Matérialité ; d’une part, l’Idée et d’autre part l’Accomplissement de l’Idée. Quand le Masculin n’arrive plus à s’unir avec le Féminin, il ne peut pas y avoir de Création et il ne peut pas y avoir de Vie. Si la pluie qui vient du ciel ne rencontre pas la terre, rien ne pousse. Si les forces de Concrétisation ne rencontrent pas les forces des Idées, rien ne se crée.
Ramenons ici, une histoire très connue issue du Midrach (Berechit Raba, 68, alinéa 4 – בר »ר סח ד) :
מטרונה שאלה את ר’ יוסי בר חלפתא : אמרה לו לכמה ימים ברא הקדוש ברוך הוא את עולמו ? אמר לה לששת ימים. אמרה לו : מה הוא עושה מאותה שעה ועד עכשיו ? אמר לה הקב »ה יושב ומזווג זיווגים.
Une marieuse posa une question à Rabi Yossi Bar Halafta : en combien de jours Hakadosh Barouch H-ou créa son monde ? Il lui répondit en 6 jours. Elle lui dit alors : que fait Hakadesh Barouch H-ou depuis ce moment jusqu’à maintenant ? Il lui répondit : Hakadosh Barouch H-ou est présent dans ce monde et s’occupe à former des couples.
Dans les quelques lignes de ce Midrach se cachent des secrets infinis. Nous allons essayer d’en retirer un petit enseignement parmi des milliards d’autres.
Le renouvellement du monde, à chaque instant, passe par la formation des couples.
Le monde n’est pas créé comme une machine, qui après être sortie d’usine, peut totalement bien fonctionner sans le concepteur de la machine.
Le monde pour poursuivre sa création perpétuelle, pour que la vie puisse être donnée, a besoin du mariage entre l’homme et la femme.
Cette Union est tellement importante et les forces contraires sont tellement puissantes, qu’Ha-chem lui-même doit intervenir pour que les couples se forment.
Investissons dans notre couple
La seule façon qu’un homme a de s’améliorer dans son intériorité, c’est lorsqu’il se confronte à son épouse. « Un homme sans femme n’est pas un homme » selon nos maîtres. La femme est définie comme « עזר כנגדו » « Une aide contre lui », précise le texte de Berechit (Chapitre 2, verset 18).
L’individu moderne n’arrive plus à accepter la rencontre avec son opposé. La contradiction authentique et constructrice ne vient fondamentalement que de son « Bein Zoug », sa femme ou son mari. C’est dans l’intimité d’une maison que l’homme ou la femme est sans masque et sans apparat. Au sein du vrai couple, il ne peut pas y avoir de comédie. L’homme le plus extraordinaire qui soit dans le monde public est toujours remis à sa vraie place soumis au regard authentique de son épouse. Les hommes ne supportent plus cette authenticité… et ils viennent à divorcer ou tout au moins à vivre à côté de l’autre au lieu de vivre au côté de l’autre.
Dans les pays scandinaves, souvent cités comme modèle du monde occidental, le divorce est déjà anticipé avant le mariage. Les couples sont jetables comme les meubles Ikéa. Quand cela ne plait plus, on jette et on rachète !
A l’origine de tout le mal, il y a un problème d’un homme ou d’une femme qui refuse le couple comme l’endroit sacré de la véritable construction.
Alors, investissons dans le couple ! Enseignons à nos enfants les bienfaits du couple authentique ! Travaillons jour après jour dans ce domaine. Investissons à cet endroit plutôt qu’à tout autre endroit.
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Meguilat Esther : dévoiler ce qui est caché

Meguilat Esther, c’est une très jolie histoire…
Maguilat Esther, c’est tellement plus qu’une histoire.
Meguilat Esther dévoile ce qui est caché dans l’histoire.
Meguilat Esther, c’est littéralement en hébreu « Dévoiler ce qui est caché »,
Meguilat Esther, c’est le symbole de toute l’histoire du peuple juif opprimé.
Meguilat Esther, c’est quand tout semble terminé, tout semble sans issue,
Meguilat Esther, c’est réaliser que derrière le mal, se cache le bien et la vertu.
Meguilat Esther, c’est se hisser au niveau de comprendre que l’histoire n’est qu’une farce,
Meguilat Esther, c’est le désespoir qui n’a plus sa place.
Meguilat Esther, c’est pour nous tous un message de ne jamais tomber dans le désespoir,
Meguilat Esther, c’est pour nous dire qu’Hachem est là à chaque instant dans notre propre histoire.
Meguilat Esther, c’est également prendre une boisson avec un peu d’alcool et boire,
Meguilat Esther, pour que le mal se transforme en bien et ainsi apercevoir
La lumière d’Hachem qui transperce le masque.
Pourim 5779

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Heureux de vivre à l’air libre et de ne plus être un foetus…

En cette veille de Pessah si particulier pour moi, je voulais dire à ma petite communauté un petit mot…
L’année dernière, je disais « l’an prochain à Jérusalem » pour mon dernier Seder passé en France. Après demain, j’aurai le privilège d’accomplir avec ma famille le souhait exprimé par tous mes ancêtres à Pessah depuis 2000 ans, je vais passer mon premier Pessah en tant qu’Israélien vivant en Israël.
Je ressens fort ce privilège que j’ai de réaliser ce rêve millénaire.
Je ressens fort cette nouvelle identité pleine et entière que je peux vivre enfin en Israël.
Je vois avec encore plus de clairvoyance le jeu d’équilibriste impossible que je jouais en France il y a encore quelques mois.
Ces dernières heures, l’actualité nous a hélas tous éclaté à la figure. Mireille Knoll ע »ה, notre maman ou grand-mère à tous, a été assassinée de la façon la plus abjecte possible.
Nos larmes encore chaudes, notre douleur encore au ventre, nous étions priés tout de suite de trouver une posture politique. Nos pauvres dirigeants communautaires ont organisé une manifestation, ou plutôt une « marche blanche » car il faut bien évidemment trouver la bonne formule, politiquement correcte…
Les dirigeants communautaires ont dû tout de suite se positionner. Mélenchon peut-il venir ou non ? Marine Le Pen peut-elle venir ou non ? Bien sûr, si on dit qu’ils n’ont pas le droit de venir, les juifs deviennent communautaristes car ils accaparent la rue qui appartient pourtant à tous, et sont alors de mauvais français… Bien sûr, si on dit qu’ils peuvent venir, les juifs renient leurs idéaux en pactisant avec un ennemi d’Israël déclaré ou en cautionnant une représentante d’un parti issu des courants d’idées qui ont failli emporter Mireille Knoll à la Rafle du Vel d’Hiv.
Ce genre de questionnement insoluble, ce genre d’exercice d’équilibriste perdu d’avance, dans un moment même où nous pleurons cette femme qui pourrait être notre maman ou grand-mère, cela, je n’en pouvais plus, je n’en voulais plus…
Aujourd’hui je vis une identité beaucoup plus simple, beaucoup plus vraie.
Aujourd’hui, je commence à vivre la joie et les difficultés de la vie à l’air libre… Je commence à vivre sans être dépendant de savoir ce que va penser ma Maman la France, si je n’ai pas envie que Mélenchon vienne à ma marche blanche par exemple… Oui, la vie à l’air libre est également difficile… Je ne pense par exemple pas comme mon voisin Israélien du dessous qui est foncièrement contre toute forme de religion en Israël, oui je ne pense pas comme mon voisin Israélien du dessus qui pense qu’un juif religieux ne doit absolument pas faire l’armée… Oui je ne pense pas comme tout le monde en Israël, mais je pense par moi-même et je peux enfin être moi-même sans être dépendant du regard de ma Maman la France !
La sortie d’Egypte est comparée par les maîtres d’Israël à une Naissance, à une délivrance. Les comparaisons de nos maîtres ne sont jamais laissées au hasard et véhiculent toujours des idées profondes et infinies. En sortant de France, je suis moi aussi sorti du ventre de ma maman France, je suis enfin sortie de ma dépendance absolue, je suis enfin sorti de mon statut de foetus. En disant cela, j’accorde en même temps beaucoup de respect à ma maman France qui m’a fait grandir et qui a fait ce que je suis aujourd’hui. Mais, au bout d’un certain temps, si l’enfant ne sort pas du ventre, les choses risquent de mal se passer…
Alors, oui ! Je vous invite tous à prendre conscience qu’un juif en 2018 peut connaître une identité pleine et entière et enfin ressentir ce que veut dire l’expression « être libre ». Chaque juif en 2018 peut évidemment vivre à l’air libre et en finir avec ce statut de foetus ! Osons faire comme nos ancêtres à l’époque de Moshé ! Osons sortir d’Egypte !
A l’année prochaine à Jérusalem.

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Le courage d’être à contre-courant

Aujourd’hui, c’est le 10 Nissan (à partir de ce soir et demain toute la journée).
Les enfants d’Israël ont eu le courage inimaginable de prendre l’idole des Égyptiens Mouton pour préparer le sacrifice de Pessah qui aura lieu le 14 Nissan. C’est comme si aujourd’hui, à notre époque en 2018, on arrivait à prendre conscience de toute l’idéologie du mouton qui nous entoure et qu’on arrivait à s’en détourner… L’idéologie du mouton, c’est l’idéologie du « on veut faire comme tout le monde ». On veut se fondre dans la masse, pour se faire accepter, et pour être tranquille. La liberté c’est l’inverse de la tranquillité, c’est cette capacité à aller contre le courant dominant et à tracer son chemin…
Soyons tous à la hauteur de la force de ce jour, pour aller à l’encontre du politiquement correct et de toute pensée toute faite. Assumons ce que nous sommes vraiment même si cela dérange… Ne jamais croire qu’être différent, c’est être le mauvais petit canard… Le principal étant de ne pas être un mouton.
Bons préparatifs de Pessah


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Soukot : l’apothéose

Soukot, c’est la fête extraordinaire de la Joie, de la Emouna, et de l’Unité. Mais Soukot est en même temps la période durant laquelle les 70 nations vont se liguer contre Israël, pour livrer un combat ultime, comme nous le lisons dans les 2 haftarot qui prophétisent cette guerre appelée GOG OUMAGOG (Zekharia le premier jour de Soukot et Yehezkel le chabat Hol Hamoed).
Le temps de Soukot est ainsi fortement pardoxal : l’apothéose dans le bien et l’apothéose dans le mal, selon le principe du « Zeh Leoumat Zeh ». A chaque force dans le bien correspond une force dans le mal selon un principe d’équilibre…
Le temps de Soukot et les Mitsvot associées à Soukot contiennent les forces qui permettent de lutter contre l’ennemi GOG. Tout le monde comprend aisément que bien qu’étant l’une des armées les plus fortes au monde, Tsahal ne peut pas lutter seul contre le monde entier réuni. Pour vaincre, le peuple juif doit aller chercher les forces extraordinaires de Soukot, qui seules sont capables d’anéantir GOG.
D’abord, la Soukah est cet endroit précaire, où riches et pauvres se retrouvent dans des cabanes de fortune, où chacun ressent qu’il n’est finalement rien sans la protection d’Hachem. Soukot, c’est ce moment où même l’homme qui a réussi dans la vie et qui a le sentiment d’avoir bâti une situation qui le sécurise, prend conscience qu’il suffit d’un rien pour que sa pseudo-sécurité s’effondre avec un Tsunami ou une maladie… Sous la Soukah, nous ressentons que tout tient dans les mains du maître du monde, et c’est ainsi la fête de la Emouna, de la croyance profonde en Hachem.
Soukot est en même temps la fête de la joie. Nous prononçons dans le Kidouche et dans la Amidah les mots « ZMAN SIMHATENOU » « Temps de la joie ». La joie et la Emounah vont de pair. Seul un homme qui croit peut être dans la joie. A un niveau très terre à terre, un homme qui croit en son travail ou en son footing du dimanche matin, arrive à un état de joie. Un homme qui ne croit en rien, qui n’a pas de projet, est un homme déprimé, et malheureux. A combien plus forte raison, l’homme qui ressent le maître du monde, et qui développe sa Emounah en Hachem, atteint la joie véritable. Emounah et Joie, telles sont les véritables protections de l’homme, et non toutes les protections beaucoup plus fragiles qui sont constituées par une belle maison ou un compte en banque bien rempli. Emounah et Joie se retrouvent dans la Soukah.
Enfin, Soukot est la fête des 4 espèces qui représentent la diversité du peuple juif et qui représentent également les 4 lettres du nom ineffable. Nous devons réunir les 4 espèces et les tenir bien ensemble. Nous devons ainsi faire l’Unité au sein du peuple juif, et c’est seulement ainsi que nous arriverons à réunir les 4 lettres du nom divin. Soukot, c’est la fête de l’Unité. L’Unité, c’est au peuple juif de la construire. C’est seulement si nous parvenons à cette Unité, que nous parviendrons à dévoiler l’Unité d’Hachem. C’est seulement lorsque nous parviendrons à l’Unité au sein de notre peuple, que nous arriverons à construire la paix dans le monde.
Et ainsi, dans un temps qui n’est plus si lointain, grâce à Soukot et aux forces de la Emounah, de la Joie et de l’Unité, nous parviendrons à renverser une situation désespérée. L’ensemble de l’humanité reconnaîtra Israël et le D. Un. Nous rentrerons enfin dans un monde beaucoup plus raffiné dans lequel le mal tel qu’on le connait aujourd’hui disparaîtra.
Je nous invite tous à dévoiler les forces extraordinaires de Soukot, et de vivre tous à notre niveau cette apothéose de Joie, de Emounah, et d’Unité.
