« Je ne crois que ce que je vois ». Cette idée forte, placée au rang de proverbe dans d’innombrables cultures, des langues occidentales jusqu’aux langues asiatiques, est pourtant erronée d’après la tradition juive.
Si je vois quelque chose, je n’ai plus besoin d’y croire : je la vois.

La force de l’image. Nous sommes dans une société de l’image. Les technologies nous permettent de voir et de créer des images sans limite. Les images sont devenues si puissantes que les professeurs peinent à instruire nos enfants, comme avant, avec des mots plutôt qu’avec des films et des images.

La Torah, et en particulier notre Paracha qui traite de la vision, nous avertit de ne pas nous adonner au culte des images. Dans le contexte biblique, on parle d’idolâtrie. De nos jours, nous ne nous prosternons plus devant des statues, mais nous croyons tellement facilement ce que nous voyons.

Dans toutes les écoles du monde, j’espère que l’on enseigne encore à se méfier des images. On peut toujours cadrer une image d’une manière ou d’une autre, et le message peut être complètement inversé par rapport à la réalité. Ne parlons même pas des dangers naissants des images parfaitement réalistes créées par l’intelligence artificielle.

Dans notre Paracha, la Paracha de la vision – « Regardez ! » « Rééh » – Moché hisse le peuple d’Israël à un niveau extrêmement élevé : il n’y a plus besoin de croire, il n’y a plus qu’à voir. Mais ce que Moché nous donne à voir n’est pas simplement un objet de la vie courante. Il nous montre ce qu’il y a de plus dur à voir, le secret de la bénédiction et le secret de la malédiction. Il faut s’imaginer un spectacle extraordinaire : nous voyons la bénédiction et la malédiction comme deux montagnes en face de nous lorsque nous sommes dans la plaine, le mont Guérizim pour la bénédiction et le mont Ébal pour la malédiction.

Il est vrai qu’une fois qu’un homme a vu, il peut vite oublier. Mais puisque le peuple d’Israël a été élevé au rang de la vision, cette vision reste marquée dans sa mémoire profonde, malgré les fautes et les chutes.

C’est dans cette Paracha, de la vision claire de la bénédiction et de la malédiction, qu’apparaît, pas moins de seize fois, et pour la première fois dans la Torah, l’expression « Hamakom acher Ivhar Hachem », qui n’est autre que Jérusalem et son Temple. Il y a bien évidemment un lien très fort entre la vision et le Temple de Jérusalem.

Dans le traité de Baba Batra à la page 4a est rapportée l’histoire du terrible roi Hérode qui a régné de -37 à l’an 4 de l’ère courante. Hérode a éliminé la quasi-totalité des maîtres d’Israël, à l’exception de Baba ben Bouta, qu’il a gardé comme conseiller après lui avoir crevé les yeux. Après avoir de nouveau mis Baba ben Bouta à l’épreuve, Hérode, subjugué par l’intégrité du maître, lui accorde un souhait. Baba ben Bouta lui dit : « Tu as aveuglé l’œil du monde [en tuant les maîtres d’Israël et en m’aveuglant moi-même] ; va maintenant t’occuper de l’œil du monde [en reconstruisant le Beit Hamikdash]. »

Dans la Paracha qui nous hisse au niveau de la vision « Rééh », le peuple d’Israël arrive alors enfin à accéder au niveau du Temple de Jérusalem, c’est-à-dire au niveau de l’œil du monde, selon les mots de Baba ben Bouta dans le Talmud.

Que nous puissions y voir clair, de près et de loin, avec les yeux de l’âme d’Israël.
Que l’on retrouve de nos jours l’œil du monde, notre Temple, qui sera un Temple éclairant pour l’humanité tout entière
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