« ANI LEDODI VEDODI LI »

« אני לדודי ודודי לי »

Nous continuons cette fois encore à interpréter ce verset qui nous accompagne tout ce mois d’Eloul jusqu’à Roch Hachanah, dans la suite de nos articles sur le thème de la Techouva : le grand Retour.

Nous retenons du dernier texte le paradoxe le plus authentique de la vie : en donnant son ego à Hachem, l’homme reçoit en retour des forces illimitées. En donnant son Ani, son moi, à Hachem, on récupère le Li, c’est-à-dire une force immense faite de Torah et de Royauté.

Mais se pose ici une question importante, qu’il ne faut pas négliger. Se donner entièrement à une instance divine, n’est-ce pas, quelque part, dangereux ? Ne risque-t-on pas de devenir comme ces fanatiques religieux que l’on peut observer dans l’histoire de l’humanité ? Nous voyons qu’assez souvent, la pratique aveugle d’une religion peut virer au fanatisme. Nous l’avons vu dans l’histoire de la Chrétienté. Nous le voyons encore de façon flagrante au sein de l’islam. L’histoire ne compte plus les actes barbares perpétrés au nom de Dieu.

Pourquoi, chez les Juifs, serions-nous automatiquement immunisés contre la dérive intégriste et fanatique ? Et si se rapprocher trop fortement d’Hachem pouvait finalement nous éloigner des valeurs authentiques et d’une certaine vision équilibrée des choses ?

Si bien que de nombreux Juifs aujourd’hui peuvent avoir peur d’être trop croyants ou trop stricts dans l’application des Mitsvot. Ils ont peur de devenir des fanatiques et des fous.

Alors comment savoir si je reste dans le service authentique d’Hachem ? Comment faire Techouva sans risque de tomber dans le fanatisme ? Quel est le test pour savoir si je me soumets bien à la seule et unique force qui dirige ce monde et pas à une force uniquement créée par mon fantasme, à l’image d’un idolâtre qui vénère une statue ?

La réponse à cette question tellement forte se trouve en toute simplicité dans notre verset.

Le génie du verset présente Hachem avec le terme de « DODI » « דודי ». « DODI » veut dire « Mon Cher » / « Mon chéri ».

N’est-il pas étrange de parler d’Hachem en l’appelant « Mon Chéri » ? Pourquoi utiliser un mot habituellement employé pour parler à des humains et en particulier à un mari ou à une épouse ?

Ce verset qui nous invite à la Techouva authentique contient en lui-même la clé pour ne pas sombrer dans le fanatisme.

Le test pour savoir si je suis dans la soumission authentique à Hachem, c’est de regarder comment je me comporte avec les autres hommes sur terre, et en particulier avec ceux qui me sont chers. Plus encore, le test pour savoir si je suis dans la bonne direction vers Hachem est de voir comment je me comporte dans mon couple, dans ma relation avec mon « autre » c’est-à-dire avec l’être le plus proche de moi.

Il est facile de me tourner vers un dieu de fantasme et de me mettre en colère à la première contrariété rencontrée avec mon épouse ou mon mari. Car un dieu de fantasme ne me dérange jamais… Alors qu’une épouse ou un mari me dérange obligatoirement. Si je n’accepte pas le fait que ma vision des choses n’est pas la seule qui prévale sur terre, que je ne possède qu’une part de vérité et non l’entière vérité, cela veut dire que mon dieu est un dieu de fantasme.

Faire une Techouva authentique, selon notre verset, c’est réussir son couple, réussir sa vie de mari ou d’épouse, et plus généralement réussir sa vie avec les autres hommes. La Techouva authentique, c’est lorsque ma relation avec Hachem renforce véritablement ma relation avec les autres hommes, avec mes amis, avec ma famille proche, avec mon mari ou mon épouse.

La Techouva authentique, c’est donner son ego à Hachem, travailler sa relation avec sa femme ou son mari, et plus généralement avec l’ensemble des hommes sur terre. Quand je me rapproche d’Hachem comme de “Dodi”, “Mon chéri”, je ne peux pas prétendre me rapprocher de Lui tout en négligeant ou en écrasant les hommes et les femmes qui me dérangent.